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Vendredi 30 novembre 2007 5 30 11 2007 22:31
 
 

L'horloge, le faux-parrain et l'extra-terrestre
par L'Oeil regardait cahin-caha

*interrupteur, trafiquant, centre commercial, lime & rhum*

     L'interrupteur claqua sec et le néon inonda la pièce. Sa pupille se rétracta sous cette "douche écossaise" électrique. Ou bien était-ce la peur ? Que lui voulait-on ? Quel étrange terrien en face de lui... Pour l’heure mieux valait se taire. Il fixa la table. Le mur. La table ? L’entêtant tic-tac d’une grossière horloge acheva de le tétaniser. Le patibulaire à costume n’avait pas l’air de plaisanter. Il allait passer un sale quart d’heure. Peut-être même une éternité à regretter ce moment.
« - T’as pas autre chose à faire que de regarder l’heure ? Tu vas être en retard peut-être ? Quelque chose de prévue ?» Silence embarrassé ? Que dire à ce molosse qui lui-même ressemblait à un Parrain de bas étage avec sa veste élimée ? « S’il me prend pour un trafiquant de bombes à neutron, il n’a pas vu sa tête » pensa-t-il. Il n’en dit rien. Parce que les cocards, il avait déjà donné auparavant. Et que ça lui allait moyennement au teint.
Le faux parrain à vraie tête de méchant posa quelque chose devant lui. Une matraque qui, elle, semblait neuve. Histoire d’impressionner... Ça y est, il allait lui raconter l’histoire du type qu’il a brisé avant qu’il ne se décide à parler c’est ça ? Le néon grésilla ? Dans un son métallique, le Terrien déposa devant lui un objet dont il ne distingua d’abord que l’aveuglant reflet.
« - On peut savoir ? (Mais pourquoi disait-il « on » alors qu’il n’y avait que lui et l’autre ?) ce que faisait cette arme dans ton portefeuille ? »
Une lime... Tout ça pour une lime. Mais quelle étrange planète !
« - En quel honneur, tu te promènes avec ça ? Tu veux prendre un avion peut-être ? » (Une soucoupe, ce ne serait pas de refus, mais l’homme n’avait pas proposé). Il se servit une rasade de vieux rhum cubain, propice à engendrer ses ronflements au bout de 10mn tout autant qu’un déchaînement de colère, c’est selon. Parce que chez lui, c’était tout ou rien. Blanc ou noir. Manichéen. Et apparemment, la vie parfaite, dans son meilleur des mondes, se déroulait sans lime. Or lui, personne ne l’avait prévenu. L’ordinateur de bord n’avait pas prévu qu’un terrien puisse souffrir inopinément d’une paranoïa aigue à la vue d’une simple lime. La prochaine fois, il faudrait y songer. Si tant est qu’il y en ait une à en juger par la tournure des événements.
« -Tu veux que j’appelle les flics ? Tu vas voir, ils ont les matraques de la taille au-dessus eux ! Et ça m’étonnerait que ta tête leur revienne à eux non plus ! »
Sa tête n’avait pourtant rien de « grave ». Elle était pathétiquement terrienne, camouflage oblige. Mais bon ? Le tic-tac de l’horloge, après tout, était peut-être un signe. Il ne dit rien, et joua la montre. 19h58 heure locale. Et la trotteuse plus lucide que Machin après deux rhums cul sec. A moitié anesthésié, le type suivit du regard la manœuvre de son mystérieux invité.
« - 19h58, bon dieu, ça ferme ici. Tu vas m’faire rater ? Arff, tu ne veux toujours pas me dire pourquoi tu te trimballes avec ça et ta mine de coupable ? »
« - Avec cette arme, répondit-il enfin, j’ouvre des lettres. Parfois, je me pèle une orange (bleue comme la Terre). Cette arme à vos yeux, je la prête aussi à Rose, votre mère que je visite à la maison de retraite. Celle où vous n’allez jamais parce que soi-disant votre centre commercial ferme à 21h30. Parce que dans les grandes villes c’est ainsi. Parce que soi-disant aussi vous n’avez pas droit à des pauses et que c’est trop loin. Rose, avec, elle se fait les ongles. Car ce geste, elle s’en souvient. Et parfois même, comme elle n’a plus toute sa tête, eh bien Rose me prend pour vous. Et à ce moment-là seulement, ainsi qu’à celui où elle se fait les ongles, elle sourit. »
«- Fous l’camp ».
La porte s’ouvrit sur un carambolage de caddies trop pressés. Et le secret espoir qu’en lui laissant la lime, là, insolente, sur la table, peut-être Rose reverrait-elle bientôt son cher fils.


FIN


(23/09/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 65 (23/09/07)
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