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Mercredi 18 juillet 2007 3 18 07 2007 15:52
 
 

L’Avènement du roi sombre
chapitre 1 : la genèse
par Fimbrethil & Boulègue

*tumulus, barque, lotus, rouet & atmosphère*

     Ses doigts et ses pieds nus malmenaient la terre. Ses haillons au gré de ses mouvements faisaient virevolter la poussière. Le crépuscule annonçait le froid, la lune grimaçante l'incertitude... La sueur de l'effort glaçait la peau du jeune Ivaan... Il fallait faire vite, la mort le talonnait, la grande frousse qui prend les tripes, les glace et donne des ailes pour la fuite. Et pourtant, il se devait de cacher la couronne, avant que l'armée anglaise ne s'aperçoive de sa disparition. La terre du tumulus bien qu'arrosée depuis plusieurs lunes par une fine pluie persistante, rechignait à vouloir se rendre meuble pour faciliter sa tâche. Déjà dans son dos, l'odeur du bourg en flamme parvenait jusqu'à lui, d'ici peu, des cavaliers arriveraient, et le destin du Girdon, le royaume des 12 rivières, ne serait plus qu'un soupir de l'histoire.
Livide, nauséeux, il creusait tant il pouvait. Le ventre noué, l'esprit embrumé, il creusait jusqu'à ne plus sentir l'engourdissement de ses doigts. Se presser, feindre son ultime perte, continuer le labeur, offrir au monde souterrain un secret.

    
Petit à petit le trou devint béant et attendait à gorge déployée pitance. Il y eut un éclair qui embrasa l'atmosphère, une odeur d'ozone, une lumière blanche, et les pierres mises à nues sous la terre cédèrent sous le poids d'Ivaan. La chute était interminable, son corps passa entre différents cercles de couleur, et ce fut le noir, un souffle, un ralentissement puis le contact avec un sol froid et spongieux. Ivaan était l'hôte involontaire de la cité des morts et le rouet du destin filait à présent l'écheveau de sa vie, si le fil cassait, tout était perdu. Pourtant les seigneurs oubliés en avaient décidé autrement. Ivaan ouvrit les yeux, leva la tête pour se trouver à quelques pouces d'un masque ricanant. L'obscur régnait en maître. Les volutes de l'autre vie aveuglaient Ivaan. Tâtonnant dans le silence, il caressait l'objet d'outre-tombe et ses doigts meurtris par la terre trouvèrent refuge dans la bouche de l'artefact. Et en ces mots, la voix s'éleva :
« - un page chez les morts, un roi prisonnier sans sa couronne, un pays sans son roi... la prophétie du Lotus stygien s'accomplit, sur une terre où le poison devient or, le temps de la chute arrivera avec le dernier pied de Lotus ! »
La voix venait de partout. C'est alors que des torches s'enflammèrent spontanément, et la lumière se fit dans la tombe. Ivaan tournait la tête, sa main était passée entre la bouche ricanante du masque et s'enfonçait entre les mâchoires d'un crâne. L'eau du chemin d'Io lui apparut soudain, zigzaguant dans les profondeurs maternant dans son flux la barque du passant. Le jeune homme devait l'emprunter s'il voulait regagner la vie et poursuivre son dessein. Dégager son bras pour engager son pied sur le bois flottant divin. La bouche semblait serrer davantage, et la voix reprit :
« - toi, esclave des nantis, tu souhaites racheter leurs erreurs en sauvant l'emblème de leurs honte ? Contemple autour de toi, les cadavres des premiers maudits qui amenèrent le poison des lointaines contrées, et qui gagnèrent leur place chez Hadès en répandant le mal et l'oubli dans leur peuple afin de les asservir ! Laisse, ici, la couronne, laisse la sombrer, tu ne peux sauver ni ce royaume, ni leur âme, si tu montes dans la barque avec elle, ton coeur s'embrasera, et les milliers de vies tombées sous le joug des rois du Lotus, viendront te découper l'âme en lanières. »

    
L'orgueil de la jeunesse laissait poindre le doute. Ivaan se débattait face au glas scélérat, il fallait continuer à perte ou à raison... L'excès du sang, ses membres tétanisés firent grandir la rage. L'instinct de survie, la candeur de son espoir l'extirpèrent de sa cage. Et c'est ainsi que Ivaan Le Gro-Loch bondit sur la voie qui lui était offerte. Il se rua sur la barque, et le flot l'emporta. Des mains squelettiques tentèrent de l'agripper , mais, maintenant la couronne devant lui, il les fit refluer, elles hésitèrent puis disparurent, alors, il arriva sur l'autre rive. Là, les racines du mal l'attendaient, tous les plans de lotus qui poussaient dans la région se trouvaient avoir une seule et même racine commune, énorme, noire qui emplissait une caverne à elle seule. Elle lui intima d'une voix chantante d'approcher, une voix de sirène, subjugué, il s'approcha du tronc noirâtre et visqueux, et ouvrit grand ses narines.

     
L'odeur emplissait tout, elle était femme, déesse, mère et le recueillit, l'enveloppa, le viola, et se mit à lui chanter les légendes des rois d'alors et de leur puissance. Enivré, plein d'orgueil et de promesses, il se laissa prendre et envahir, il eut mille orgasmes qui lui firent l'impression de durer mille ans, il eut mille maîtresses, mille bouches à embrasser, mille espoirs de conquêtes à désirer. Il mît la couronne sur sa tête. La racine soupira d'aise, puis gronda sa revanche. Ivaan mourut alors tout à fait. Le page disparut. A sa place, sortit de la tombe des antiques malédictions le roi sombre, un roi dont le coeur appartenait à la plante mère et dont le poison coulait dans ses veines. Le roi sombre leva la tête vers la tempête qui approchait, des bruits de galops venaient vers lui, il regarda son bras droit qui se mua en une sinistre faux rouge luisante, et se mit à rire et à aboyer en prémisse aux bains de sang qui allaient dévaster la terre.

FIN


(24/06/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 64 (24/06/07)
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