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Mercredi 18 juillet 2007 3 18 07 2007 15:44
 
 

Fleur de Glace
par Akalmir & Fransowsky

*inuit, rôti, seigle, culotte, ananas, et en bonus danger*
*en supra bonus : berlingot*

      La tête de Gelka lui tournait, les reflets de la glace l'éblouissaient et le froid rendait insensibles ses doigts ensanglantés depuis plusieurs jours, il ne pouvait distinguer le ciel de la banquise. Il ignorait si le paysage n'avait pas changé ou si ses yeux ne pouvaient plus voir autre chose, désespérément, ses mains calleuses fouillaient sa besace où ne restaient plus que quelques grains de seigles. Avec des allumettes, il aurait pu fumer une clope, mais que faire de ces grains. Il s'écroula pour la millième fois sur le sol gelé. Hier au soir s’il avait été moins saoul, il n'aurait pas perdu son chemin dans l'enfer blanc, la sensation de chaleur et d'abandon arriva beaucoup plus vite que la fois précédente, la mort le berçait de plus en plus près. Mais voilà cette lettre écrite par cette gamine et prétendue fille l'avait secoué. Gelka n'était pas un inuit conventionnel. S'il se défendait à l'observatoire du fleuve WIlkes de respecter la tradition de ces ancêtres, il avait toujours ressenti au fond de lui comme la présence d'un autre, de ce qu'il aurait pu être.

    
Les petits boulots étaient surprenants à l'observatoire, tous ces scientifiques qui cherchaient des traces de vies vieilles de millions d'années et mettaient parfois autant de temps à retrouver leurs lunettes lui demandaient des services ahurissants. Il devait souvent accomplir de terribles périples pour ramener les plus improbables objets au laboratoire... Avec de tel binoclard perdus dans ces solitudes glacées, il ne souffrait d'aucune forme de concurrence auprès des étudiantes suédoises et autres stagiaires pour ce qui est du sex appeal. L'exotisme indigène faisait le reste, en particulier chez les anthropologues. C'était le bon coté du boulot, ça et le rôti de fin d'année quand les équipes tournaient, et l'alcool hélas ! (Les stagiaires polonaises se laissent pas facilement échauffées sans oublié Jean-Paul).

    
Il ne se rappelait plus depuis quand il travaillait pour ses blancs, combien il avait gagné, combien il avait bu et combien de fois il avait fourré son berlingot comme il aimait à dire. Les polonaises lui en voulaient toujours quand il parvenait à ses fins. Parfois la faune sauvage aussi. L'alcool était son vice et son moyen d'arriver à ses fins. Il n'était effectivement pas toujours très regardant, plus d'un ours polaire avait fait les frais de sa hardiesse. Enfin c'est ce que racontaient certains de ses collègues jaloux. Lui-même, dont la mémoire flanchait dans ces cas-là, admettait que rien n'était impossible. Il tenta de sortir sa tête de la neige. Il s'était laissé emporter par le délire de l'épuisement. Il se releva, cette fois tout son corps était transi et il ne sut même pas comment celui ci s'anima. Il reprit une poignée de seigle transgénique et la porta à sa bouche. Il ne pourrait passer une seconde nuit dehors, un mot revenait tandis qu'il repassait ses conquêtes féminines et animales, fleur de glace...

    
C'était ce mot remonté de l'obscure nuit de ses souvenirs qui le faisait marcher, et dans son autre main bien que toute sensibilité fut annihilée et sûrement de manière irrémédiable, il devinait la lettre soudée à ses doigts par la glace. Au moins avec les phoques, il ne risquait pas de voir des bâtards venir lui demander des comptes. La glace craqua sous ses pieds, l'obscurité puis une voix dans sa tête, fleur de glace.
La pression, le fluide,le plein, tout autour de lui et la voix toute puissante désormais. Il se revit la veille devant son daïquiri ananas avec la capitaine du chalutier qu'il avait guidé au fucking blue bear, un établissement où l’on n’entrait pas si on ne savait pas se servir de ses poings. Puis des mots incompréhensibles l'entraînaient dans un rêve étrange qui lui suggérait de répandre sa semence sur l'occident afin que reviennent les temps des traîneaux, mais sa volonté se révolta une dernière fois pour revenir au bar ou se dissimulait le secret de sa vie. Le capitaine était complètement cuit et Gelka ne valait guère mieux, sa maigre ascendance galloise lui permettait de mieux tenir l'alcool que ses contemporains esquimaux. Après avoir longtemps réfléchi au sens caché de son rêve, Gelka décida de relire la lettre :
« Monsieur… »
Il la sortie avec un autre papier que lui avait tendu un homme près de l'hôpital.
« … vous aimez l'alcool de seigle… »
Et tout devint limpide, il élèverait cet enfant.
« … et arracher les petites culottes des jeunes femmes et des plantigrades en voie d'extinction… »
En arrondissant ses fin de mois en faisant des dons à la seminal canadian private bank.
« … sachez monsieur si vous êtes Gelka, l'inuit gallois, vous êtes mon père. Vous ne vous rappelez sûrement pas de la jeune stagiaire qui vous donna tout… »
Fini de se répandre dans tous les fondements de l'Antarctique, son sperme servirait à faire le bonheur de sa fille.

FIN

(10/06/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 63 (10/06/07)
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