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Mercredi 18 juillet 2007 3 18 07 2007 15:20
 
 

Celui à qui appartient le crottin (suite et fin)
par Barthelby & Boulègue

*Perfidie, troncature, ligature, stradivarius & ravioli*

(résumé des épisodes précédents) : un cartographe malchanceux accompagné d'un assistant idiot dont le plus grand plaisir est de faire peur à tout le monde qui échouent en terra incognita… et se retrouvent les acteurs d'une étrange prophétie destinée à maintenir l'équilibre de l'ile en question…
L'on raconte que quelque part au coeur de la forêt couvrant plus de la moitié de l'île, se trouve un monstre, peut-être même une divinité, dont les excréments sont plus qu'utiles à la vie de ce peuple étrange…
Et nous étions donc restés au moment précis où "Sémaphore le précédent" explique au héros que c'est à son tour d'accomplir son devoir sans en dévoiler pour autant la véritable nature…


    
Oooooh croyez moi jamais de ma vie de cartographe je n'avait autant regretté un périple! Ce qui devait être au départ une simple mission de routine s'avérait prendre une sale tournure de prophétie à la vas y que j'te pousse. Et pour tout dire je n'avais aucune envie de savoir de quoi il retournait précisément.
Mais reconnaissant sans mal la perfidie infinie dont pouvaient faire preuve les Dieux à l'égard de leurs créatures, ainsi que l'artisanat subtil de ce peuple étrange aux lances tellement pointues qu'elles pourraient percer le voile de la réalité sans mal, je décidai de me mettre en route, accompagné de Ralph, bougonnant de devoir laisser derrière lui tant de preuves de reconnaissance. Nous nous enfonçâmes donc au plus profond de la forêt, avec dans nos sacs suffisamment de bananes pour survivre un bon mois.

     
Le chemin se faisait de plus en plus âpre et amer, les effluves nauséabonds des arbres à raviolis pourrissant au coeur de la forêt incommodaient Ralph, le faisant pester davantage à l'encontre des idées tordues du cartographe.
Je ne disais mot, le laissant à sa colère justifiée, mais pressais moi même le pas, pour échapper à cet enfer bolognaise.
Arrivant à une clairière, nous posâmes nos sacs près d'élégants et frais arbustes à lasagnes, et commençâmes à dépiauter avec ardeur une de nos bananes quand soudain, du côté sud, déboula un cerf affolé à la ramure ligaturée, les yeux de l'animal reflétaient la folie, il fonça sur nous, sans même nous apercevoir, nous dépassa et se fondit dans la nature.
Ralph nerveux regarda vers l'endroit d'où il provenait, je n'en menais pas large moi même.... De sinistres craquements d'arbres arrachés se faisaient entendre... ça se rapprochait !

     Quelle pouvait bien être la raison de cet affolement? Les craquements de plus en plus proches de notre position s'accompagnèrent d'un grondement qui nous fit croire un instant que le sol pouvait se dérober sous nos fondements.
Ralph se leva et sauta sur la première branche qui se présenta à lui, quant à moi, littéralement figé sur place, je fixais dans la direction du bruit cherchant malgré tout à discerner l'origine de tout cela.
Bien au dessus de la plus haute cime des arbres, je vis un arbre s'envoler, puis un autre, puis encore un autre!
On aurait cru à un ballet de pantins désarticulés.
Ralph hurla. Détachant mon regard de ce déboisement surnaturel, je les vis sortir des sous-bois, une armée de cerfs semblables au précédent accompagnés de sangliers, renards et autres animaux aux yeux déments, et, derrière tout cela, une masse informe se dessina, assombrissant le ciel, accompagnée d'une odeur infâmante qui faisait se flétrir dans l'instant toute végétation à la ronde !
Je n'en avais jamais vu un en vrai auparavant... Au pire avait il hanté mes nuits enfantines quand avant d'aller me coucher, mes parents me gratifiaient d'une remontrance :
-«Si tu n'es pas plus sage que cela... il viendra te chercher, il viendra et t'emportera avec lui dans les plus basses fosses de la création... Le Grundelogroch stradivarius viendra... et jamais plus on ne te reverra... »

      Il était là ! Dominant de sa taille immense les faîtes de ces bois, il avait deux archets gigantesques à la place des bras, et les agitait dans toutes les directions, ses jambes musculeuses piétinaient sans cesse, sa poignée longue, robuste et souple se penchait vers les animaux trop lents pour le fuir et de sa volute, deux petits yeux cruels clignaient de haine.
     Le Grundelogroch stradivarius émit un grincement strident quand il nous vit et fonça sur nous.
Ralph s'écria :
-« aaargh maman avait raison, le vulgus specum glavioteur va m'attraper ! » Faisant ainsi une diversion à ma frayeur, j'allais lui dire qu'il se trompait qu'il y avait le grundelogroch stradivarius face à nous quand je compris aussitôt que chacun de nous y projetait ses peurs enfantines…
Ainsi donc, voilà à quelle créature les villageois devaient leur étrange mode de vie.Et la tâche qui m'était confiée ne pouvait être autre que de l'empêcher d'atteindre les côtes, raser le village et se jeter à l'eau créant ainsi une catastrophe sans précédent.

     Attrapant Ralph livide au passage je me ruais dans les bois tentant de réfléchir vite et bien.
-« Assistant Ralph!!! » Lui criais-je:
-« Si vous tenez un tantinet à la reconnaissance dont ont fait preuve ces villageois à votre encontre, je vous conseille de chercher dans vos souvenirs le point faible de ce monstre!! »
ce à quoi il répondit avec une justesse remarquable:
-« Si je puis me permettre, je n'y tiens plus ! »

     Maman m'avait souvent narrée que le Grundelogroch stradivarius détestait plus que tout la grande musique. Probablement savait-elle au plus profond d'elle même que je le rencontrerais un jour. Mais ce qui m'intriguait était que Ralph y voyait autre chose. Autre monstre, autre point faible…
Les branches nous fouettaient le visage, et de ma vie jamais je n'ai couru aussi vite.
Lorsque nous déboulâmes dans le village livides et des raviolis écrasés sur tout le corps, le temps sembla s'arrêter pour les autochtones qui nous observèrent perplexes.
Je me ruais sur Sémaphore, le secouant comme un prunier:
-« Il nous faut un orchestre!!!! Il doit bien y avoir un orchestre dans ce village!!!! Il leur faut jouer... MAINTENANT!!!! »
Sémaphore baragouina quelques mots à un voisin, qui fit de même à un autre etc... jusqu'à ce que le branle bas de combat s'étende à tous...
On sortit les cuivres, les tambours et autres cithares, et on joua comme jamais auparavant, aussi fort qu'il nous l'était permis. Les joues gonflaient, les doigts saignaient... Mais aucun n'aurait eu le coeur de s'arrêter alors que surplombant le village apparaissait le terrible Grundelogroch stradivarius. Puisant à même l'énergie du désespoir, les villageois continuèrent de plus belle, se relayant quand l'un d'eux tombait d'épuisement.

     Les notes semblaient heurter de plein fouet la bête, ralentissant considérablement sa course. Mais ne la freinant pas pour autant.
Sémaphore, debout impassible à côté de moi, observait la chose qui inlassablement avançait sur le village :
-« Il manque quelque chose… » Finit-il par dire.
-« Si je me souviens bien, je l'ai arrêté bien avant cette limite. Mais ce n'est pas de votre faute, vous avez été vif d'esprit, ce qui n'est pas le cas de votre collègue. »
A ces mots je fusillais Ralph du regard, sifflant entre mes dents mille insultes à son encontre :
-« Ralph!!!! Son point faible je vous prie! Cela va commencer à devenir un tantinet urgent!! »
Les musiciens tombaient les uns après les autres, et le relais était de plus en plus mal assuré.
Ralph semblait désespéré. Je le vis s'accroupir, se prenant la tête dans les mains. Sous l'effort on aurait pu croire un instant que sa tête allait exploser.
Une lueur s'alluma dans son regard de lapin effrayé, il me regarda et dit :
-« Du sable ! maman me disait que le vulgum pecus glavioteur ne peut être arrêté que si on lui met du sable sur la langue. Enfin, c'est dans les histoires de chez nous. » reprit -il
une idée me vint :
-« Ralph… » dis-je :
-« A quoi ressemble t'il ? décrivez le moi tel que vous le voyez !
- Ben, vous ne le voyez pas ? il est grand vert, gluant, avec des yeux rond et jaunes, des algues mortes dans les cheveux, les dents pointus et noires, il est gros et recouvert d'une fourrure mauve ! »
Je me disais qu'un enfant daltonien, serait certainement moins effrayé que lui... j'essayais de me forcer à visualiser le monstre tel qui me le présentait et effectivement, peu à peu, sous Grundelogroch stradivarius je voyais se dessiner en transparence une fourrure mauve sous le bois habituel :
-« Essayez une autre musique ! » Dis-je à l'orchestre !
Ils se mirent à entonner un air paysan pour le travail dans les champs, intitulé, m'apprit Sémaphore, "Troncature et ligature des épis de bliz à l'automne".

     Je regardais autour de moi, le monstre s'approchait plus mollement. Je vis ce que je cherchais : une pompe à créer des plages artificielles modèle 38, celle qui sert lors de l'arrivée des visiteurs étrangers estivaux , tout en bois d'arbre à spaghetti, avec un tuyau en trompe d'hippocanope :
-« Branchez là ! » Dis-je encore aux villageois pétrifiés. Et me saisissant du tuyau du gicle-sable j'essayais très fort de voir la bouche du glavioteur se dessiner sur la poignée du stradivarius.
Une première giclée de sable manqua son but. Difficile de viser quand la cible change sans arrêt de forme. Essayant de me concentrer toujours plus je tentais un deuxième assaut:
-« Où te caches-tu maudit glavioteur? »
C'est alors que, contre toute attente, je sentis que l'on m'arrachait soudainement la lance des mains. Ralph venait de se saisir de l'engin en hurlant comme un sauvage et se ruait maintenant en direction du monstre qui n'était plus qu'à quelques pas du village.
Le souffle court nous observions silencieux ce qui était, à notre humble avis à tous, la dernière chance que nous aurions.
Ralph stoppa sa course, toujours hurlant comme un dément, et lâcha un flot de sable en direction du glavioteur.
Je fermais les yeux.
Un bruit inhumain se fit entendre, suivi d'une clameur puis d'un choc brutal qui me fit sursauter.

     Lorsque finalement j'eus le courage de rouvrir les yeux, il n'y avait plus un bruit dans le village. L'orchestre s'était tu. Tout le monde observait Ralph haletant fixer droit devant lui.
Et à quelques mètres seulement le Vulgum grundelogroch pecus stradivarius glavioteur gisant en une masse informe et malodorante.
S'ensuivit une avalanche de cris de liesse, accompagnée de jets de chapeaux et autres instruments. On souleva du sol un Ralph n'en revenant pas encore du culot et du courage dont il venait de faire preuve, et tous les villageois s'affairaient maintenant à récolter cette matière première qui régissait tout leur mode de vie.
Sémaphore s'approcha de moi un sourire aux lèvres:
-« Votre ami là, il a mis le temps hein...
- Vous avez accompli ce pourquoi les Dieux vous avaient envoyé à nous...
- Je suis libre de mon rôle de messager car celui ci vous incombe maintenant jusqu'au prochain aspirant.
- Depuis toujours il en est ainsi et il en sera encore ainsi bien après votre mort.
- Tant que sur terre il y aura des enfants turbulents nous devrons nous battre. Pour que jamais ces horreurs ne sortent réellement des placards ou de dessous les lits. »

     Je repensais à mes parents à qui j'en avais fait voir des vertes et des pas mûres. Cela me fit sourire. S'ils avaient su qu'un jour je terrasserais le Grundelogroch.
Ralph était aux anges.
Alors que Sémaphore s'éloignait paisiblement vers la plage, je lui demandais tout en réfléchissant à ma prochaine question :
-« Dites moi, vous les villageois comment le voyiez-vous ? »
Il me regarda avec un regard intrigué :
-« en touriste yankiricain, non ?
- Ah… » Fis -je et j'allais lui expliquer notre vision et ses conséquences quand il me continua pensif :
-« Vous avez trouvé la bonne solution, ces gens là quand ils viennent, détestent trouver du sable dans leur repas et ont horreur de la musique folklorique locale… »
Je m'abstins de répondre et posais ma question suivante ...
-« Mais dites moi Sémaphore, où sommes nous exactement? »
Ce à quoi il répondit sans même se retourner avant d'éclater d'un rire sonore:
-« Vous n'avez pas deviné? Mais voyons... nous sommes à… »


rideau ^^


(03/06/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 62 (03/06/07)
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