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Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /2007 15:35
 
 

Les larmes de Marie
par Manpang

*vinaigrier, patrie, maux, vidangeuse & pintade*

     Il était une fois un vinaigrier du nom de Martin. Il faisait le meilleur vianigre de tout le pays. Son père l'avait marié à une femme contre son gré.
"Elle était travailleuse," lui avait-il dit.
En effet, Marie Rigoudet était la fille d'André Rigoudet, le vidangeur du pays. Son travail consistait à nettoyer les fosses d'aisances des villages aux alentours.
Peu de jours après leur mariage, André Rigoudet périt au fond de l'une d'elle, et Marie, tout naturellement, repris à son compte les affaires de son père.

     Martin le vinaigrier et Marie la vidangeuse...
Ainsi étaient-ils appelés depuis l'Ouest du Pays de Jonc jusqu'aux rivages du pays de Tulle.
Le vinaigre se vendait bien en ces temps de paix, et même si Marie n'était pas vraiment belle, Martin s'en accomodait. Il était alors un couple sans histoire vivant de leur travail.
Puis vint le temps de la guerre.

     L'orage des armes grondait aux frontière du pays, et petit à petit, les hommes quittaient leur nid, pour partir à la guerre contre l'envahisseur noir. Un beau matin, deux uniformes vinrent frapper à la porte de la maisonnée, et Martin partit avec eux sans dire en revoir à sa femme.
Marie pleura longuement à son retour. Son Martin ne reviendrait jamais elle en était sûr. Et jour après jour, au fond des fosses sceptiques, les larmes roulaient sur ses joues pleines d'excréments.
Et pendant ce temps, les cuves pleines de vinaigre tournaient... à moins que ce soit le vinaigre qui tournait dans les cuves, je ne sais plus... Et plus l'oeuvre de son mari périclitait, plus Marie pleurait.

    
Un jour, alors que le brouillard coulait dans les plaines de Tulle, Marie dû descendre dans la fosse du père Tranchet. Celle-ci n'avait jamais, Ô grand jamais, été nettoyée. Le cœur empli de maux, elle entreprit son travail ingrat et puant, le sel de ses larmes asséchant ses joues.
Au fur et à mesure que la journée s'avançait, le brouillard se faisait plus dense. S'engouffrant dans les moindres recoins, il descendit bientôt dans le trou plein de merde où pataugeait Marie.
Bientôt, ce ne fut autour d'elle qu'un amas laiteux et opaque. Le soleil parvenait à grand peine à se frayer un chemin à travers cette brume étrange, et rapidement, Marie se sentit perdue au beau milieu de tout ce blanc.
Soudainement prise de panique, elle chercha son échelle pour remonter à la surface, mais ses mains ne la trouvèrent pas. Elle tourna des heures au fond de son trou dans cet épais brouillard blanc sans pour autant arriver à agripper une quelconque surface.
Au bout de quelques heures, s'étant mis à pleurer de son nouveau malheur, elle entendit une voix lointaine qui l'appelait :
"Marie, Marie, m'entends-tu?
Mon vinaigre Marie, pourquoi l'as-tu laissé pourrir?"

Marie n'en croyait pas ses oreilles, elle avait tout bonnement reconnu la voix de son Martin.

"Martin, est-ce toi?"
- Marie, Marie, pourquoi as-tu laissé pourrir mon vinaigre?" repris la voix inquisitrice.
"Martin où es-tu?" cria Marie aux alentours, n'apercevant que le blanc autour d'elle.
"Nous sommes partis à l'Est, Marie, nous avions faim. Nous pataugeons depuis des jours dans la gadoue et le sang Marie, dans les tripes de nos frères et de nos ennemis.
- Martin où es-tu", repris Marie.
La voix continua : "Nous avions faim, nous sommes partis dans les bois chasser les pintades Marie...
- Martin ! " hurla la pauvre femme.
"Un éclair m'a frappé à la tempe Marie, je suis couché ici et je ne peux me relever.
j'ai froid.
- Martin! Ô mon Martin! Je ne te vois pas", gémit Marie par-delà le vide du brouillard.
"Marie", dit encore la voix, "pourquoi as-tu laissé pourrir mon vinaigre?"

    
Lorsque le brouillard se retira, en fin de journée, le père Tranchet s'en vint aux nouvelles, voir les avancés des travaux. Mais il ne trouva qu'un trou de merde vide, sans aucune Marie au fond de celui-ci.
Ce n'est que de nombreux jours plus tard, alors que le père de Martin se décida à vendre la ferme de son fils qu'il la retrouva.
Le corps de Marie était là, au fond d'une des cuves à vinaigre.

On dit aussi que sa cupidité le poussa à vendre néanmoins le dit vinaigre.
Ce fut le meilleur de cette époque. Il se vendit bien et le père de Martin fut riche pour le peu de jours qui lui resta à vivre.

FIN


(20/05/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 60 (20/05/07)
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