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Sous les pas du cheval par Loki L'Oaken
*défilé, tombe, bicyclette, tartambuse, poulet rôti, & stores en bonus*
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L'histoire que je vous conterai ce soir, je la tiens d'un prètre de campagne. J'ai fais la connaissance de cet obscur bonhomme un soir d'orage alors que je m'étais arrêté, moi, mon sac et mes chaussures, sous le porche de son église. Un soir de Bretagne...
Pendant que ma veste séchait devant l'âtre du presbitère, et que nous faisions connaissance assis autour d'une tasse de lait chaud, je fis l'erreur de lui demander ce qui l'avait mené au métier de curé. Ses yeux changèrent brusquement, ses cheveux rouquins se dressèrent sur sa nuque, et il m'entretins de ce conte moderne, l'histoire de ses ancêtres.
Il était une fois un homme du nom burlesque de Tartambuse. Tartambuse était français, de la région de Carnac. En ces temps de guerre loin à l'est, il avait décidé de prendre la mer pour fuir l'enfer des tranchées dont une permission de quelques jours l'avait arraché. Loin après l'Espagne, il y avait l'Afrique, terre de toutes les promesses, de l'or et de femmes avides de chair, et surtout, c'était loin de la guerre. Il y faisait toujours beau disait-on...
Ce fut donc par un matin pluvieux sur la baie de Carnac que notre Tartambuse parti pour l'Afrique. Le voyage dura plusieurs jours, plusieurs semaine même. Et les vivres commençaient à manquer. Chaque soir, notre marin fuyard prenait soin de consigner ses pensées et les rares évenements qui ponctuait ses journées sur un petit carnet de cuir que lui avait donné sa soeur.
Enfin, par un matin blanc baigné de brumes éparses et d'espoir, le frêle navire atteint une côte étrange. Par le plus merveilleux des hasards, Tartambuse avait accosté dans ce qui semblait être une crique bordée de rochers plus asserrés les uns que les autres. Il dessina sur son petit carnet la minuscule baie : celle -ci ressemblait à s'y méprendre à une bouche de quelque bête fantastique. Et lui, marin perdu, mettait pied au fond de la gorge du monstre...
C'est ce moment que choisit mon curé pour me servir un reste de poulet rôti. Trainant des pieds dans la pièce, il se rassis et me dévisagea. Ses yeux semblaient devenir un peu plus fou. Il reprit alors son histoire.
Tartambuse, son ancêtre, établi son campement aux abords des premiers arbres qui entouraient la petite plage de sable gris. La première nuit fut terrible, peuplée de cris inhumains et des complaintes de bêtes étranges. Pour sûr, il n'était plus en Europe, mais dans quelque contrée sauvage. L'homme dormi mal, la main sur son fusil de fortune qu'il avait emmené avec lui. Et lorsque les premiers rayons de lumière caressèrent ses joues et qu'il revint à la vie, il ne fit ni une ni deux : il rassembla ses affaires et regagna son embarcation. Hélas, point d'embarcation. Le navire avait bel et bien disparu. Tartambuse paniqua un instant, et cru même que la barrière de rochers s'était refermé sur la petite crique. Le monstre l'avait avalé! La panique le gagna tout entier, puis le désespoir le gagna rapidement. Comme en réponse à son angoisse, la forêt gémit un cri de bête, ponctuant la triste situation.
Ce fut que longtemps après que Tartambuse pris la décision de s'enfoncer dans l'épaisse végétation pour trouver quelques chose, un village, un campement, quelque chose qui ressemblait à de la vie humaine. Mais il se perdit. Son errance à travers des arbres qu'il ne reconnaissait pas dura des jours et des nuits. Les nuit étaient peuplées d'ombres inquiétantes et de milles bruits innommables. Les jours étaient parsemés d'embuches, d'eaux stagnantes et de moustiques voraces... et de milles bruits innommables. Un jour pourtant, la forêt semblait décroître. Le sol devenait rocailleux, et Tartambuse retrouvit espoir. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Son dernier repas remontait à trois ou quatre jours... un minuscule rat aux yeux exorbités et déments qui était venu mourir devant lui. Pourtant, chaque soir, il s'astreignait à l'écriture de son voyage sur le petit carnet de cuir.
Mon curé marqua une pause. Il me servit un verre qu'il me tendit. Et s'en servit un pour lui. Nous trinquâmes, et il reprit son histoire.
Devant Tartambuse se dressaient à présent de gigantesques pierres. Et au mileu de ces pierres se dessinait un chemin tortueux. Ou du moins un semblant de chemin. Tartambuse inspira un bon coup, et se jeta au beau milieu de ce défilé comme un fou, fuyant les arbres et leurs branches crochues , parsemées de milles doigts démoniaques. Pourtant l'air était aussi viscié qu'au milieu des marécages verdoyants. Plus il avançait , plus l'air devenait irrespirable. Une odeur de mort l'envahissait de toute part. Autour de lui, les pierres s'espaçaient de plus en plus, et le défilé devenait clairière rocheuse. Et c'est là qu'il les vit. Des milliers de tombes. Sépultures à ciel ouvert, à demi-creusées, remplies de cadavres entassés. Il y en avait partout. Devant comme derrière lui! A gauche, à droite! Comment ne les avait-il pas vu avant. Le sol devint mou. Il foulait un corps sans vie ! Son pied transperça la chair moisie qui éclata comme un ballon empli de jus noir. Ce corps, ces vêtements! Il reconnu l'uniforme francais. Des poilus! Un cimetière à ciel ouvert de poilus, ses frères d'armes! Mais où était-il? Soudain le bruit d'une explosion retentit dans l'air. Le bruit des balles sifflèrent. Instinctivement, Tartambuse plongea à terre et chercha son fusil d'une main malhabile. Tout autour de lui, les corps se mirent à gémir. D'une longue plainte d'agonie... Il délirait, ce ne pouvait être autrement. Mais ou était-il? Au front, ou bien sur le sol de quelque terre inhospitalière? Le ciel s'obscurci.
Ma veste était à nouveau sèche. Je la passa et regarda mon curé qui devenait fou plus il me racontait son histoire. Il brandit soudain un petit carnet de cuir. "Tout est écrit là!" me lança-t-il. "Lorsque le ciel devint alors complètement noir, aussi noir que l'encre, mon père vit un trait de lumière devant lui. Ce trait devant porte, une porte de lumière! Avec en son fait, une emblème. Cette emblème avait la forme d'un cheval ! Et il passa alors la porte!"
"Et ? " m'enqueris-je entre curiosité et peur... "Et il disparu a jamais! Car cette porte est la porte qui mène à son royaume, le royaume des fous et de la peur, le royaume noir dont on ne peut revenir! - Mais..." balbuti-je, "et le carnet?"
Mon curé parti dans un rire hystérique et dément. Ses mains cherchaient quelque chose, et il saisit la hachette qui tronait près de l'âtre. Pris de panique, je bondis hors du presbytère, couru entre les banc, et sorti en trombe de l'église. Me saisissant d'une bicyclette posée contre l'édifice, je m'enfuis prestement. Me retournant un court instant, je vis mon curé , ivre de folie, courir entre les bancs, son arme à la main. C'est là que je le vis : L'emblème! Au fait de la porte de l'église. Il représentait à s'y méprendre un cheval.
C'est la dernière image que je retins de ce soir là. Je ne suis jamais retourné dans ce petit village près de Carnac. Mais si un jour vous rencontrez dans cette région un curé aux cheveux roux, n'acceptez jamais son hospitalité...
FIN
(29/04/07)
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