Dimanche 18 mars 2007
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La rue L par Fimbrethil, franzowsky, Boulègue et Mélie
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Dans la ruelle, il y avait ce caniveau. Il pleuvait, et pourtant quelque chose brillait, et les rouages articulaient l'heure... 8h 30. Dans la ruelle, il y avait ce caniveau, on l'appelait « la ruelle », peut-être autrefois avait-elle eu un nom quand les bâtisseurs avaient arraché ses pavés aux montagnes voisines. Quand il pleuvait l'eau coulait le long de cette roche granitique sombre avec un bruit qui rappelait celui des plus puissants et sauvages torrents montagnards pour aller se terrer ensuite dans les entrailles de la ville. Ce spectacle un soir d'averse et de beuverie saisit un compère qui, déjà à genoux au bord de la voirie, faisait son affaire. S'étant soulagé de son trop plein dans un moment de félicité il lui sembla que ces flots l'invitaient à les suivre. C'est alors que son esprit épris de bière et d'enthousiasme se mit à le guider vers le fond de la ruelle, son nez penché tirait sa tête vacillante, et le gazouillis du ruisselet l'attira, son corps tomba, et l'eau perfide se mit à lui courir dessus. Elle était l'âme de cette ville, et la ruelle était son purgatoire, elle en avait assez, quelqu'un devait payer. Deux hommes passèrent en zigzagant auprès de lu,i leurs rires tonitruants résonnant dans la nuit, l'eau noire dévalait la ruelle alors qu'il songeait à son pantalon mouillé qui lui collait au derrière. Deux heures avaient passé depuis sa dernière bière, du moins c'est ce qu'il croyait. Un objet brillant attira son attention dans le caniveau quelques pièces ? Une montre ? Un bijou ? Un bout de métal ? Une clef. Une toute petite clef travaillée, 10h30.. Les aiguilles du vide tournaient...
Il s'approcha, les images tournaient... la ruelle, le caniveau... Et il atteignit enfin l'Objet.. Il la serra entre ses doigts, en contempla la matière... Puis il leva les yeux et il vit la Porte... la porte était assez ancienne et ouvragée mais le bois avait pris des teintes vertes et grises. Si cette clef était arrivée jusqu'à lui dans LA ruelle, ce n'était certainement pas par hasard. La serrure lui sembla bien grande pour cette petite clef. Que d'efforts pour se relever et atteindre la porte. Il jeta un oeil autour de lui. Personne. Collant son oreille à la porte il tenta de distinguer ce qui se passait derrière. Blam. Blam. Re-blam, le couperet retomba entre les cottes de porc et la réalité du buveur s'étant cru un instant dessaoulé après avoir mélangé le contenu de ses entrailles avec celles de la ville. Il se rendit compte que cette porte n'était autre que celle de « la boucherie de la ruelle ». C'est balaud, la clé était vraiment trop petite. Les passants arrivés dans son dos avait suivi la scène, un moment prisonniers de l'illusion qu'il avait générée, en rampant vers la porte la clé à la main. Ils se ressaisirent et éclatèrent de rire devant le ridicule de la scène. Il se retourna voyant qu'à sa gueule de bois il devrait ajouter l'humiliation. Les autres soûlards tenaient debout, eux! « 'm'ssieur, je neu vou permé pa' - 'ah, ouais? - é bé nou kon va sle permettre' » Ils s'approchèrent, l'agrippèrent pour lui prendre la clé, finalement un coup de bouteille mit fin à l'incartade et un corps se retrouva devant la boucherie, dans le caniveau, colorant les flots chantants de sang. C'est alors que le bruit tenu du couperet s'arrêta. La petite porte s'entrouvrit et un bras velu et ensanglanté fut rapidement suivi par une tête ignoble dans l'entrebâillement. Un rire sardonique vint donner le chœur au glou glou sarcastique de l'eau du caniveau. Il était 8 h 55 et un corps disparaissait anonymement. Dans la ruelle, il y avait ce caniveau. Il brillait, et pourtant quelque chose pleuvait, et l'heure articulait les rouages... Il est 8h 30 et il est temps de changer de trottoir.
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Par An-Drö & Oak
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Publié dans : Veillée 53 (11/03/07)
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