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Dimanche 4 mars 2007 7 04 03 2007 14:37
 
 

De retour
par Narf

*piano, glutamate, cravache, pythie & serviette*

     Dans sa cabine, Olon ne pouvait pas dormir. Il avait pourtant l'habitude de ces voyages. Mais cette fois, c'était différent. Il avait accompli un nombre impressionnant de missions, et toutes plus dangereuses les unes que les autres. Toute sa vie il avait obéi, suivant les ordres à la lettre. Sans contester, sans se révolter. Il n'avait jamais pris de décisions de lui-même. Ce voyage était différent des autres. Ce voyage, il l'avait voulu...
Dix jours déjà qu'il était sur cette route, dix jours et pas un où il ne dormit plus d'une heure d'affilée. Sa dernière mission avait été une banale routine d'espionnage industriel. Il l'avait menée à bien, et était rentré chez lui assez rapidement. C'est là qu'il l'avait vue.
Olon se leva, la fatigue le rendait apathique. Il décida d'aller prendre une douche, c'était bien le seul remède qui arrivait encore à le maintenir éveillé. Sous l'eau froide de la douche, il repensa à cette fille... Il avait été frappé par sa beauté, cette enfant devait avoir dans les dix ans, elle était habillée d'une légère robe blanche... Sous la neige, elle ressemblait à un de ces flocons, fragile et éphémère beauté... De sa fenêtre il l'observait, intrigué. Et elle le fixait sans ciller malgré le froid. Il n'était pas du genre à s'émouvoir, il ne ressentait plus aucune émotion d'ailleurs. Ils étaient restés comme ça, à se regarder pendant dix longues minutes, et quand un bruit fit détourner le regard d'Olon, la jeune fille avait disparu. Olon attrapa une serviette et se sécha avant de se poser à nouveau devant le hublot. Il regardait les couleurs défiler, l'esprit vide. Olon avait voulu ce voyage. C'était la première fois qu'il avait fait un choix. Malgré ça, il ne savait pas pourquoi, c'était une envie qui lui était venue soudainement, le lendemain de ce jour où il avait vu cette fille... Il l'avait décidé, il l'avait voulu, il avait même bravé ses supérieurs en la prenant, se détournant d'une mission. Il y avait quelque chose qu'il devait voir. Juste un sentiment, un besoin, une envie. Et quand il arrivait à fermer les yeux plus de dix minutes, il la voyait en rêve et elle semblait lui parler. Mais il ne l'entendait pas. Il savait juste qu'il devait avancer, sans savoir vraiment où, il naviguait d'instinct.
Au 11ème jour, alors qu'il regardait l'espace et tout ce vide empli des couleurs des nébuleuses, il la vit. C'était sa destination : une petite planète aux teintes vertes, lovée dans un micro-système. Elle était là. En la voyant il fut transpercé par une douleur. Une pointe de souvenirs, acérée par les années où ils n'avaient pu exister, lui avait transpercé la poitrine. Olon n'avait plus de sentiments depuis ses dix ans. Ils s'étaient enfuis avec ses souvenirs, suite à ça on l'avait recueilli et il était devenu une arme parfaite. Alors quand, pour la première fois il put ressentir, il en fut bouleversé. Olon réprima son envie de pleurer, il prit les commandes et se dirigea vers cette planète.
Quand il entra dans l'atmosphère, il découvrit un spectacle sinistre, mais absolument grandiose... Une cité s'étendait sur plusieurs kilomètres. Une de ces cités dont il avait souvent fait le rêve. Une de ces cités qui n'existent plus depuis que les grands empires ont sombré dans le chaos. Cependant, cette cité ne vivait plus. La végétation avait pris possession des lieux. L'étrange mariage des grandes architectures et des plantes exotiques donnaient une impression d'irréel. Il voyagea sur quelques kilomètres, sans pouvoir voir le bout de cette cité où la nature montrait sa suprématie à l'homme, dans son éternité, face à la puissance éphémère de l'homme. Il savait où il allait. Il connaissait le chemin. La fatigue avait disparu, cette vision, comme un coup de cravache, lui avait donné l'énergie nécessaire à s'activer.
Il finit par atterrir dans ce qui fut un jardin, et qui ressemblait presque à une forêt. Olon reconnut l'endroit. Dans ce jardin, majestueux, un arbre immense trônait et recouvrait les environs de son ombre. Olon l'approcha, il effleura son écorce et se mit à sourire. Il contempla les environs et se décida enfin à entrer dans le bâtiment dont l'architecture semblait se mêler aux branchages dans une totale l'harmonie. La porte s'ouvrit facilement, étrangement, et à l'intérieur il put voir l'état de ruine qui était celui du bâtiment. Olon était entré dans une sorte de transe, les yeux grands couvert, il avançait. Il ne savait rien, mais il ressentait. En se faufilant à travers les décombres, il finit par arriver dans la pièce centrale, une immense pièce ronde. Le toit semblait avoir disparu, et à la place une superbe voûte de feuillages recouvrait le ciel. La lumière du soleil filtrait suffisamment pour que l'on puisse voir dans la pièce, et les rayons jouaient avec la poussière pour former des colonnes de lumière.
Au centre, intact, un piano attendait là. Olon s'en approcha doucement et avec précaution, comme si le moindre bruit eut fait disparaître la beauté de cet endroit. Il arriva au niveau du piano, en fit le tour. Le regarda avec attention... Il passa son doigt sur le vernis du piano, enlevant une couche de poussière, et en même temps, une larme glissa sur sa joue. Il posa la main, il leva la tête au ciel. Il pleurait à chaudes larmes, il se souvenait. Il se souvenait de tout. Il s'assit alors en face du piano et se mit à jouer cet air qui datait de son enfance, cet air d'avant la fin…
Mélodie. Mélancolie.
Dans la ville silencieuse raisonna pour la première fois depuis des dizaines d'années autre chose que le vent, autre chose que les cri des animaux. Et toute la vie aux alentours semblait l'écouter. Vibrant au rythme de sa musique, Vivant pour la première fois, Olon Sourit. Une nouvelle naissance. Une nouvelle vie, Olon joua ainsi jusqu'à l'épuisement...
Vous savez, les autorités ne retrouvèrent plus jamais l'E621, c'est ainsi que se nommait le vaisseau d'Olon, mais certains explorateurs racontent qu'un fantôme habite dans une ville immense, sur une petite planète aux teintes vertes, et que quand le jour pointe, il se met à jouer la mélodie la plus triste et la plus heureuse à la fois qu'ils n'aient jamais entendu...


FIN


(25/02/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 51 (25/02/07)
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