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Une époque lointaine de ma vie me vît pirate dans la baie d'Along, une époque que je qualifierais de trouble, car je n'étais alors qu'à demi existant, voletant de coup en coup tel un fantôme, ennivré constamment par des vapeurs d' opium qui m'embrumaient les esprits...
Pourtant capitaine sur une jonque délabrée, peuplée d'une multitude cosmopolite de malfaisants personnages, qui executaient mes ordres, le coeur empli de peur pour ce diable blanc, je réussissais à avoir un espoir de réhabilitation en epargnant mes infortunées victimes.... Un soir de rapine, même, alors que j'accostais brutalement un yacht américain, je me surpris à carresser la tête blonde d'un enfant, pendant que mes hommes dépouillaient ses parents. Il était intrigué et regardait tour à tour ma main, la tablette de chocolat qu'il ingurgitait et les va-et-vient des pirates dans les cabines luxieuses... Du reste, je le volais à ses parents , l'adoptais, et lui appris l'art sacré et violent du piratage chinois. Iil grandit, et pris si bien mon enseignement à la lettre qu'il forma secrètement une bande conccurente, qui me causèrent bien des tracas.
C'est le fatum, le fils contre le père, le père contre le fils et la lutte d'escarmouches passa rapidement à une guerre totale dont les rives d'Indochine s'ensanglantèrent en victimes et légendes. Les chouettes blanches contre les marcassins rouges, jonques contre jonques, toutes armes dehors, tout acte accepté tant qu'il était pour vaincre l'autre. Il gagna, pris la tête de mon clan et me fit prisonnier dans une cage à bambou perdue dans les marais insalubres du delta du Mekong. Là, je m'échappai, et grâce à mes anciens contacts, une bonne prime à la clef et une cannonière armée jusqu'à la hunette, je repris ma revanche... Sa tête orna plusieurs mois la proue de mon navire, et las, je rompis avec mes compagnons d'armes pour partir vendre des armes en mozambique, mais ceci est une autre histoire...
FIN
(14/01/07)
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