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Ce soir là Hans et Medb son épouse étaient blottis auprès du feu. Les flammes dansaient dans l'âtre de la cheminée tels de petits feux follets espiègles et ingénus. Il faisait froid dehors, très froid. L'hiver éternel avait déjà commencé. Et comme toujours les maisonnées aux alentours avaient peu à peu fermé une à une leur porte. Hans et Medb étaient seuls au monde. Emmitouflés dans de larges couvertures de fourrure, la discussion avait laissé place à de légères caresses. C'était toujours ainsi. La vie semblait s'éteindre à l'approche du grand Hiver, la nuit recouvrait le monde de son manteau de nuit, mais à l'intérieur des refuges et des maisons, la vie, chaude, grouillait.
Ils avaient mangé une tartiflette aux herbes ce soir là. De ces herbes qui vous font voyager jusqu'aux mondes interdits. Medb devenait folle ces soirs là. Les herbes la faisait rentrer en transe, et sous les caresses de Hans, elle devenait lumière vive, folle divine. Ce soir là, lors de leurs étreintes amoureuses, elle eut une vision foudroyante. Elle se mit à crier, à hurler. Bientôt elle fut prise de spasmes. Hans essaya d'abord de la contenir, mais Medb s'agitait de plus en plus. « Le mur, le mur! » criait-elle « Ne rentre pas dans le mur! Non! Ils vont te manger le cerveau, ils te forceront à nous tuer! » Sa crise dura longtemps, toute la nuit. Si le mot "nuit" voulait dire encore quelque chose durant le long Hiver. Puis l'effet de la tartiflette diminua, et le couple s'endormit paisiblement au creux des couvertures. Cependant, à son réveil, Hans fut inquiet . A ses côtés, son épouse était de nouveau agitée par de nombreux spasmes. Ses yeux étaient révulsés, et le masque de la peur s'était abattu sur ses jolis traits. Hans n'arrivant pas à la réveiller, prit la décision d'aller quérir l'aide du chaman (un sorcier du coin). Il s'habilla, sortit de la maisonnée, et marcha dans l'épaisse couche de neige jusqu'au lac. Il sortit le canoë de son abri hivernal, en extirpa le peu de neige et de givre qui s'y était accroché ces derniers jours, et, sautant dans l'embarcation entreprit de traverser l'étendue d'eau. « J'ai de la chance. » se dit-il « dans une semaine, le lac aurait été impraticable. » Pagayant du mieux qu'il le pouvait, il gagna bientôt le centre du lac. C'est là que le brouillard se leva. Un brouillard que jamais il n'oubliera.
Très vite, il fut entouré d'une petite brume blanchâtre, puis d'un épais brouillard. Autour de lui, du blanc partout. Hans prit peur. Il ne savait plus dans quelle direction pagayer, à peine pouvait il apercevoir le boue de sa rame. Et c'est là qu'il les vit. De grandes machines hautes comme cinq hommes. Avec trois jambes telles des trépieds. Tout autour de lui, des machines... ou bien des êtres de fer? Il ne savait plus vraiment. Ceux-ci restaient silencieux, bougeant lentement autour de l'embarcation, comme si leur route avait croisé celle de Hans par hasard. Soudain, il l'aperçut. Un homme juché sur l'une d'elle, comme chevauchant une monture. Il gesticulait dans tout les sens. Hans resta immobile, éberlué devant ce spectacle incompréhensible. Le temps semblait s'être arrêté. Quand l'un de ces grands êtres marcha par inadvertance sur le canoë, broyant le bois en milles éclats. Le trépied vacilla un instant. Et puis chuta lourdement dans le lac. Mais point de bruit. Hans lui, regardait le bout de son embarcation. Il s'attendait a couler, mais point d'eau. Le lac avait-il disparu? Flottait-il dans les airs? Mais il semblait chuter lui aussi. Les grandes silhouettes de fer disparurent très vite au devant de lui. Hans tomba en effet. Et de plus en plus vite. Mais toujours ce blanc autour de lui. Il chuta ainsi pendant très longtemps. Si longtemps qu'il en perdit connaissance.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était sur la terre ferme. Allongé entre deux gros cailloux. Se réveillant brusquement, il regarda aux alentours et reconnut les abords du village. Encore sous le choc de sa rencontre, il tituba jusqu'au village et jusqu'à la maison du chaman. Il ne remarqua pas tout de suite que la floraison avait repris ses droits, que la neige avait disparu. Le chaman le reçut. Hans ne le reconnut pas. Il ne s'en inquiéta pas pour autant et lui décrivit les symptômes de son épouse. Apres quelques minutes de réflexion, le sorcier sortit de son armoire une petite fiole. "Prends ceci, et donne en à ta femme. C'est un coulis de miel et d'aubépines. elle devra en prendre trois fois par jour et s'en faire des gargarismes" Hans le remercia et sortit de la cabane du guérisseur. Il lui fallait rejoindre son épouse au plus vite. Il mit une journée entière à contourner le lac par la terre, s'étonnant à chaque instant de la disparition de la neige. Lorsqu'il atteint enfin sa masure, il entra, monta à l'étage et ouvrit la porte de sa chambre.
Et là, devant le spectacle qui s'offrait a lui, il tomba à genoux et se mit à pleurer. Sa femme n'avait pas bougé de là ou il l'avait laissée. Mais elle était morte. Et ce depuis quarante années...
FIN
(14/01/07)
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