Les senseurs ne repèraient aucun sytème planètaire, pas la moindre lumière astrale, comme si l'espace ici, demeurait vide. Une réminiscence, une envie de fumer, les cigarettes cachées sous la console, une flamme, la fumée que l'on aspire et recrache, l'espace et son crâne toujours aussi vide... des visages, vagues. Il fumait dans le cockpit, çà en avait choqué! Des pilotes formatés par l'académie, des amateurs inconditionnels du réglement. En attendant que les voyages spatiaux ne les emmènent, à la vitesse de la lumière, à plusieurs galaxies de leur académie et de ses règles. Il eu faim. Il lança une procèdure de diagnostic et parti retrouver la cuisine, où plutôt la pièce de vie où l'équipage pouvait se détendre et prendre ses repas. D'autres visages... çà aussi, les quantité de vivre qu'il embarquait les faisait bien rire. La boite ouverte, de la fumée se dégagea et il plongea la fouchette dedans. A mesure qu'il reprenait ses esprits, il mesurait le silence absolu autour de lui, dont la contemplation rend fou les voyageurs égarés aux confins de l'espace. Et alors, vous commencez à hanter votre passé comme une âme errrante.
Il ferma les yeux et les couvrit de sa main.
Les réparations, si elles étaient possibles devraient prendre du temps. Il avait fallu réagir sur le champ, comme à la manoeuvre, enfiler les scaphandres, s'amarrer et sortir étanchéifier l'appareil.
La manoeuvre fut aisée, la combinaison le recouvrit comme une seconde peau, et il entra dans la bulle mobile avant d'ouvrir le sas. Avec un rire enflé de sarcasmes, il venait de se rappeler qu'il y avait trois mois à peine, il avait souhaité prendre des vacances dans ce secteur. Lui qui aimait l'aventure, il était servi, nom de foutre de Byblonien.
"A quoi ça rime", se disait-il.
"Quand c'est ton heure, il faut attendre la faucheuse avec sérénité."
Pourtant, le souvenir de son grand-père mort dans les guerres Stélaarii en criant :
"Ne jamais abandonner!"
Lui, contrôla assez d'énergie pour se remettre à actionner les commandes de la bulle. Il roulait sur la paroi noircie, quand le chant lui parvint aux oreilles. Une lumière violette arrivait vers lui en dansant, des formes se dessinaient dedans, des silhouettes de femmes nues avec un appendice caudal proche des légendaires sirènes. "Allons bon", se dit il, "un retour d'acide."
La lumière, accompagnée d'une note distordue dans les aigüs violents, comme un saxophone coincé dans un aspirateur Illonien, semblait lui percer le crâne d'aiguilles de feu. Les humanoïdes femelles nues s'approchèrent encore de lui, encerclèrent la bulle de réparation, la décrochèrent de la paroi, et l'amenèrent avec elle, la baignant de cette lumière irréelle. Il se sentit empreint d'une terrible nostalgie, et le visage de sa mère revint à sa mémoire en écoutant leur chant. Il sombra dans l'inconscience en souriant.
Le noir, plus d'apesanteur, le bruit des vagues s'écrasant sur des falaises, l'odeur d'une tarte aux pommes chaude, le rire de sa petite soeur, puis une douleur à son cou. Il ouvrit les yeux. Il était sur une table de marbre, une femme aux yeux d'or, était couchée sur lui, elle buvait son sang.
Encore engourdi par toute cette agitation, Rob Cruz la regardait sans rien faire. Il voyait juste ces lèvres bleutées accrochées à son cou, puis à son bras. Il sentait son fluide vital s'échapper et ne pouvait rien faire, ne voulait rien faire. Cette délicieuse sensation d'abandon envahissait son corps tout entier.
Plongeant dans les yeux d'or de cette étrange femme, il esquissa un sourire. Etait-elle la quintessence de la gente femelle? Elle, qui lui suçait ainsi sa vie, lui, n'y pouvant rien, aimant cela jusqu'au tréfond de son âme...
Lorsque les dernières gouttes de sang quittèrent le vaisseau de chair de Rob Cruz, il se sentit partir en arrière. La femme aux yeux d'or se releva. Son corps nu, d'un étrange noir bleuté, ondula autour de l'astronaute dans un déhanchement magnifique. Rob, au seuil de la mort, la regardait évoluer telle une déesse improbable. Celle-ci se saisi d'un objet effilé, et s'entailla le poignet, lentement, très lentement. Son sang était aussi rouge qu'une super nova, et les gouttes glissèrent le long de sa peau, tombant une à une sur les lèvres de Rob Cruz. Ce fut alors un instant magique. Comme frappé par la foudre, Rob sentit la vie réintégrer son corps tout entier. Se jetant sur le poignet de l'amazone spatiale, il but à pleine gorgée cette mane de résurrection.
"Bois mon enfant, bois"... lui chuchota-t-elle. "Bois ta vie mon enfant."
Rob, accroché à sa déesse, retrouvait peu à peu tout ses sens. Une énergie incommensurable se faufila dans ses artères, ses muscles, tous ses sens... Lorsqu'il eut fini, la belle s'assit à ses côtés, et le pris dans ses bras.
"Je t'appelerai Vendredi" lui souffla-t-elle au creux de l'oreille.
Puis elle poursuivit.
"Mes filles t'on trouvé dans l'espace alors qu'elles jouaient à perdre ton vaisseau vers les deux soleils de Xar'rhn. Les tiens ne sont plus mon enfant. Elles t'ont épargné à cause de ceci..."
Rob regarda alors son doigt pointé sur sa poche extérieure. A travers la combinaison transparente, la femme lui montrait son vieux paquet de clope terrien orné d'un stupide chameau...
"Le vaisseau du désert. C'est ainsi qu'on les appelle n'est ce pas?" lui fit-elle en souriant.
"Des créatures remarquables qui transportent leur fluide vital à travers l'enfer... J'ai ici de vieux livres qui en parlent, récupérés sur ceux de ton espèce. Es-tu le maître de ces créatures?"
Rob ne répondit pas. Derrière sa nouvelle maîtresse, les étoiles brillaient d'un feu nouveau à travers le hublot spatial. Ses yeux suivirent un instant un astre filant, puis il sombra dans un profond sommeil...
...la suite au prochain épisode...
(17/12/06)