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Il fut un temps... pas si éloigné que ça, où sur un continent hostile vivait un peuple en parfaite harmonie avec la nature. Certains pourront les affubler de l'horrible sobriquet de sauvages, peu importe, car moi je sais qu'ils se trompent lourdement.
Cette histoire commence alors que je devais partir en voyage, traverser des mers d'où nul ne revint jamais, et accoster sur des sols encore inconnus où jamais homme ne posa un pied sans le retrouver intact. Chargé de mon attirail de cartographe, car tel était mon métier, j'embarquai donc sur la Belladone, un fameux trois mâts, fin comme un oiseau, accompagné d'un associé nouvellement recruté par mon cabinet, et fraîchement sorti de l'école, prénommé Ralf. Ralf était de ces jeunes impudents que rien n'arrète jamais, et surtout pas le danger. Quand il sut qu'on recrutait un jeune homme n'ayant pas froid aux yeux pour une expédition, c'est tout naturellement qu'il se présenta, frais et pimpant, dans son costume de maquereau blanc cassé, le sourire jusqu'aux oreilles. Tout le monde paraissait emballé par ce personnage pour le moins bavard, qui ne parvenait pas à tarir d'éloges sur son propre compte, nous narrant ainsi moult exploits durant ses années d'études. Je le détestai tout de suite... à peine nos regards se croisèrent ils.
Le jour de l'embarquement, il arriva in extremis, avec toute la désinvolture dont il pouvait faire preuve, et au moins autant de bagages que pour un régiment d'aristocrates. Je ne sut jamais ce que j'avais bien pu faire aux diverses puissances supérieures pour mériter tel sort.
Mon voyage fut un calvaire. Et lorsque nous accostâmes après avoir bravé tous les dangers de la mer, je fus soulagé d'enfin pouvoir poser le pied hors de ce navire empli pour moi de sujets douloureux. Ralf se tenait sur la plage, à quelques pas de moi, les mains sur les hanches, et balayait d'un regard suffisant la terre qui s'offrait à nous. Nul doute que dans sa tête il en était déjà le roi. Comme il se trompait... Quelques nuages épars se déplaçaient imperceptiblement au-dessus de nous. Jamais je n'avais vu rivage plus beau. M'empressant de sortir mon materiel pendant que je sommais mon dit collègue de préparer le campement, je remarquai également, portée par le vent, une odeur de viande rôtie qui semblait venir d'à-peine plus loin, après l'orée d'un bois touffu. Je décidai de laisser pour le moment mon attirail et d'aller voir de quoi il en retournait.
Pénetrer ce bois fut une des choses les moins aisées que je n'eu jamais à faire. Le silence était totale. On entendait même pas un chant d'oiseau. Toujours en direction de l'odeur, de plus en plus proche... Il me sembla subitement m'enfoncer dans le sol. Lorsque je baissa les yeux, je fus soulagé de voir qu'il n'en était rien. Je me trouvai en fait devant ce qui avait du être autrefois un ruisseau, aujourd'hui assèché et rempli de crottin. Je pestai en levant les yeux au ciel, puis me ravisa, après m'être convaincu qu'il vallait mieux ça plutôt que me farcir mon collègue. Alors que j'étudiai de plus près la nature de cet étrange ouvrage, ledit collègue surgit comme un diable de derrière un fourré en poussant un "bouh!" qui me fit m'asseoir pour de bon dans cette montagne de caca. Je me relevai, le coeur battant, et me rendant compte à temps de la bétise qu'aurait été de me frotter le derrière. Le bougre riait à pleines dents, fier comme un coq de sa plaisanterie. Je le foudroyai du regard... Il se tut.
De nouveau le silence, seulement troublé par Ralf se confondant en excuses. Nous déçidames de continuer à avancer. La nuit tombait. C'est alors qu'une main, que dis-je, des dizaines de mains, surgirent à leur tour des buissons, certaines tentant de nous agripper, d'autres de nous faire tomber. Nous hurlâmes à l'unisson, persuadés de ne pas en sortir vivant. Une main d'un port royal s'approcha doucement de mon visage, me tendant quelque chose que je ne parvenais pas à distinguer dans la pénombre. Puis la lumière d'une torche nous parvint. Tout sembla se calmer, et je pus distinguer ce que cette main m'offrait si généreusement. Une bien belle banane je dois dire. Une de ces bananes qu'on ne trouve pas sur les marchés de chez nous. Une de ces bananes qu'il faut traverser mille océans pour pouvoir déguster.
Ainsi se passa notre rencontre avec le mysterieux peuple de ces terres inconnues. Pour ce qui est du reste c'est une autre histoire...
Rideau
FIN
(17/12/06)
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