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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /2006 09:55
 
 

Humanité 0, rats 1 : Balle de match
par Boulègue

*luciole, tombeau, épitaphe, poule, mur & pugilat*

     Quand frappe la maladie, l'ambition futile des hommes se fond avec leur courage, et la mort engrange sa moisson de corps affaiblis. Les rues se remplissent de cadavres décomposés, les squares deviennent putrides, car les désespérés viennent se coucher pour mourrir sous un arbre, et la chaleur du soleil d'été accélère le processus de déliquescence. La pestilence envahit les maisons, et les différences sociales sont applanies dans les cris des agonisants, la circulation s'arrête progressivement, la ville se tait, les tombeaux se remplissent, et bientôt, plus personne ne reste pour avoir assez de temps pour graver des épitaphes, la mort y fait son nid, et l'humanité retient son souffle. La cohorte de survivants se glisse entre les cadavres, pour fuir les murs maudits qui attendent de les ensevelir. Les voleurs, les pillards, meurent à leur tour, les autorités quittent la cité, et les rares coups de feu jusqu'alors entendus se taisent à leur tour. La mort n'est plus qu'un squelette anémique, grasse et repue, elle attends la suite.
     C'est alors que les rats reprirent de droit leurs anciens domaines. Venus de partout et surtout de nulle part, ils se repaissent des cadavres insensibles aux germes, ils dévorent, se multiplient, grossissent, et se mettent alors à penser. Leur temps s'accomplit, la prophétie aussi, et une nouvelle civilisation voit le jour dans les décombres, elle pense, agit, avec une volonté nouvelle et une rage de destruction depuis très longtemps retenue. Une ruche avec des ouvrières à dents tranchantes, une entité faîte de corps poilus, sales, aussi nombreux qu'impitoyables, qui finit par rattraper les retardataires humains pour connâitre les plaisirs du sang frais giclant dans les multitudes de petites gorges. Une mer sombre s'étale dans les campagnes sous les ordres psychiques d'une reine et la rage envahit tous les sanctuaires. Tout ce qui vit, chat, chien, volaille, poule, dindon, se trouvant sur le chemin du fleuve de mort, est instantanément dépecé, digéré, chié, sans que la course folle ne donne signe de ralentir.
     Des hordes d'hommes dépenaillés essayèrent de ralentir leur progressions avec des torches enflammées, pauvres lucioles affolées, vite surchargées de souffrances et s'éteignant dans l'obscurité de cette nuit de terreur. La marée s'étendit, gonflat, et ne s'arrêta qu'aux limites de l'océan. Là, l'impossibilité de franchir les mers les mettant dans l'impuissance de continuer l'invasion. Des pugilats éclatèrent entre les divers lieutenants, et si ce n'était l'ordre formel et télépathique de la reine, la horde se seraient dévorée. La reine pensait pour eux, et des centaines d'incisives tranchantes coupèrent des arbres, des meubles tout ce qui pouvait flotter, et l'armada vacillante se jetta à l'assaut des colères de l'océan.
     Peu d'entre eux arrivèrent sur les autres continents, mais la reine avait délégué plein de femelles pleines à sa succession, et de nouveaux espoirs apparurent, et le monde alors changea de parasites.
Et la terre fut aux rats.


FIN


(24/09/06)

 

 
 
Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 45 (10/12/06)
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