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L'abeille était-elle aux insectes, ce que le Lion était à la savane? La royauté chez les animaux pose autant de problème que l'identification formelle des fromages à pâte molle non-pasteurisée après quelques jours de trop... Observons que le lion dans la savane n'est pas très travailleur. Le fauve couronné de sa royale crinière règne sur un vaste domaine et une suite de lionne qui chassent pour lui et sa progéniture. A l'opposé, une abeille se trouve être la reine de toute une ruche d'ouvrières qui la nourrissent d'un nectar particulier, je ne vous l'apprend pas, et a pour elle seule une cour de faux-bourdons qui ne battent des ailes que pour son bon plaisir. Ainsi, ces deux monarques se trouvent être au centre d'oppositions singulières et remarquables.
Il était une fois une ruche, sur un arbre déssèché au milieu d'une grande plaine déserte. La horde de Laciné, le grand félin, avait coutume de rejoindre cet endroit depuis bien des lunes. Ils retrouvaient l'arbre solitaire quand les pluies revennaient sur la savane, sans jamais suspecter dans le voisinage la présence de la ruche et de sa multitude, qui à cette période, se reposait. Leur royaume était, disaient-elles, à cette période, noyé et leur ailes ne savaient comment battrent. Elles dormaient alors, les rugissements des grands fauves se confondant avec les détonations des orages.
Seulement, il y eut une année où les pluies étaient tombées si longtemps, que l'eau tardait à se retirer, ainsi que la horde. Ainsi, par une belle journée ensoleillée, la reine fut réveillée à la suite de sa longue hibernation par une des ouvrières de sa suite. "Mère, je vous souhaite le bonjour, l'année nouvelle va commencer et votre royal premier petit déjeuner va suivre. Mais il y a une affaire urgente qu'il faut éluder. Les guetteuses ont remarqué parmi vos sujets, d'étranges créatures poilues qui ont le tonnerre dans la gueule. Elles ont élu domicile en bas de notre arbre et ne semblent pas s'inquièter de votre royale présence. - Bien ma fille. Foi de reine je m'en vais démêler cela dès que j'aurais gouté la gelée qui fut le fruit de la récolte de l'année précèdente." La reine sortit à l'heure chaude, comme le font les abeilles de son rang. Elle survola la meute, qui dormait profondément. Elle vint bourdonner aux oreilles de l'un des fauves avec sa petite voix aigüe. Celui l'écarta d'un battement du même appendice à la manière des félins endormis, je vous laisse imaginer la scène. Vexée et de mauvais poils, entourée pensait-elle, elle se jeta sur le postérieur du félin pour planter son royal dard dans le postérieur du félin. Elle eut fait preuve de plus de tact en temps normal, mais sortant d'hibernation, elle était plus prompte à darder quelques postérieurs personnellement, pour remettre tout le monde au pas! Le félidé victime se réveilla, brutalement surpris, et par réflexe vint balayer la reine de sa queue.
En quelques instants, la troupe de félins qui ne dormaient jamais que d'un oeil, fut alertée. De même, les guerrières de la rûche qui avaient suivit la royale charge et le crime de lèse-majesté, se regroupèrent dans un bourdonnement. Chaque seigneur vint au devant de sa troupe lentement, et ils se firent face. La reine prit la parole : "Qui êtes-vous, viles fourrures, pour oser souiller le seuil de ma demeure de vos poils? Le roi rétorqua : "Je suis Lanciné premier, fils de Moussa, et je règne sur mon clan et cette savane à la suite de mes ancètres depuis trois générations. Qui êtes-vous qui parlez de façon si pressée? - Et bien sachez que je suis reine de cette savane, que mes sujets sont millions, et que nos dards sont craints par toutes les autres espèces! Vous n'êtes qu'un usurpateur à la tête de poilus galeux, veuillez quitter ces lieux!" Derrière le roi, les félins étaient nerveux, celui qui s'était fait piquer se lèchait encore le postérieur de douleur. En effet, bien que ne sachant compter, la horde pouvait imaginer l'issue d'un combat contre ces dards innombrables et rapides comme l'éclair. Toute leur bravoure légendaire leur était alors inutile, les félins étaient donc démoralisés, accrochés aux dires de leur roi, qui déciderait de la mort dans la gloire ou de l'infâmie de la retraite.
Cependant, le vieux roi esquissa un sourire. Son regard semblait soudain lointain. Il se rappelait les histoires de ce grand-père, qui le premier les avaient conduit sous cet arbre. Il marqua une pause, pour pousser la tension à son paroxisme et reprit la parole, royalement : "He Ma reine, sachez que ma vie se passe peut-être à courir dans la poussière, quand vous et même la dernière de vos ouvrières parcourez les chemins du ciel. Je me nourris de chair quand vous savourez le nectar... Mais sachez tout de même que je n'en suis pas moins roi, et le fils de l'orage, le porteur de tonnerre. Ma horde viens ici depuis des lustres pendant que vous vous cachez des pluies dont nous rions. Et quand nous repartons, les tonnerres de mon père partent avec nous. Là, votre commerce butineur peut enfin reprendre. Aussi je vous demande de vous considèrer comme reine de ces cieux et des jours, veillant sur notre sommeil, quand moi, je serais roi de cette terre de savanes, des nuits et gardien de votre arbre." La reine amusée repris : "Et bien c'est une belle histoire que j'ai entendu là, ménestrel dans une autre cour, on vous aurait offert du tabac! Mais je suis lasse de cette farce, faites cesser cette trop longue pitrerie! Déguerpissez, où vous enflerez à en crever..." Elle ne finti pas sa phrase, car le roi se mit à RRRugir si fort qu'il est dit que la savane en résonne encore! Les abeilles secouées par ce grondement hors-norme, se réfugièrent dans la ruche comme le leur dictait leur instinct. La reine, prise de court, était restée là, face au roi, subjuguée. Elle se mit à voleter de manière penaude. "Et bien sachez que nos altesses se rencontrent comme vous l'avez souligné à la fin de la saison des pluies, et qu'après une si longue et royale nuit d'hibernation je suis d'une humeur qui m'entraine à quelques confusions. Evidemment, moi au ciel, vous sur terre, protègeant des intérêts mutuels. Vous me verrez bien honorée et je suis sûre que vous n'aurez pas à le regretter. Sur ces paroles, je me retire avant que le soleil n'en fasse autant."
Le roi souhaita une bonne soirée à la reine et retourna vers sa horde avec un sourire devant leurs faces bluffées. Ce n'est pas demain que sa dynastie serait renversée par un jeune rival. Lui aussi enseignerait ce bluff à ses fils, leur expliquant qu'ils sont les fils du tonnerre et les roi de cette terre, et que les abeilles, si elles sont nombreuses et ont des dards mortels, craignent l'orage, et ont des vies aussi courtes que leur mémoires.
Sur ce, au revoir. Et bien malin celui qui sera voir la diffèrence entre un coulomier et un camebert, qui plusieurs jours hors du frigidaire est resté. Pour le liseron à posterori, imaginez le sur le tronc, et tout aussi désséché que l'arbre...
FIN
(03/12/06)
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