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Tic... Tic... L’horloge du grand salon battait la mesure d'une étrange façon. Tic… Le souffle de l'unijambiste formait un nuage épais dans l'air environnant. Il grelottait et reprit de plus belle son appel : « Y...Y’a quelqu'un? » Seule l'horloge répondit de son cliquetant langage : Tic… Au moment où la jambe de bois commençait à se lever pour permettre à son maître de faire demi tour, un grincement sournois retentit : Hiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnn « Ca ressemble pas à un grincement ça! » s'écria alors l'unijambiste (- Ta gueule c'est moi qui conte! ») lui répondit le conteur. L'unijambiste attendait alors de voir apparaître ce qui apparemment avait ouvert cette porte fort bavarde. Il entendit des sons de claquettes dans l'escalier, mais rien ne dépassait de la rambarde. James, notre unijambiste se rappela alors des histoires de fantômes qui entouraient la demeure. *tacatac**tacatac* faisaient les claquettes *tacatac* tic *tacatac* tic, s'enjoignit l'horloge. Le coeur de l'unijambiste battit jusque dans le bois de son appui, quand soudain…un nain, qui ne dépassait pas la rambarde apparut au bas de l'escalier. Presque déçu, l'unijambiste le regarda s'approcher. C’était un nain, avec de grosses lunettes de vue, emmitouflé dans un peignoir violet et en claquettes. Seul son ventre sortait du peignoir qui traînait comme s'il se fut s'agit d'un manteau de roi. Une voie nasillarde commença ainsi : « Je vous attendais, venez avec moi mon ami », pour finir par un reniflement fort mais malgré tout élégant. James le suivit. Il ne savait pas ce qui l'attendait, on lui avait juste dit d'apporter un message au maître des lieux. Ils montèrent alors les escaliers. Tic... Tic... L'horloge semblait maintenant fixer James qui n'osait même plus la regarder. Et au dernier cliquetis des 15h00, un son monstrueux retenti de l'engin et James faillit pousser un cri de donzelle. Un petit canon sortit alors à la place du coucou habituel et se mit à déverser des monceaux de confettis sans discontinuer. James montait toujours les escaliers. Il se retourna mais le nain qui l'avait accueilli avait disparu et en regardant en haut il ne vit qu'un énorme escalier en colimaçon sans en voir la fin. Il voulut redescendre mais les confettis montaient, et montaient, et montaient, remplissant la salle et ne laissant plus qu'une alternative à James. S’armant de son pied bot il entreprit alors de monter les escaliers. Au début il montait doucement mais le niveau des confettis continuait à augmenter, et de plus en plus vite. L’unijambiste fut bientôt obligé de courir pour ne pas finir submergé par le flot de papier coloré. Une heure passa… Oui l'unijambiste était très endurant. Au bout d'une heure de course effréné donc il atteint enfin le haut de la tour. Une trappe toute simple sur un plafond tout simple, et le seul moyen d'atteindre la trappe se trouvait là. C'était un pâté en croûte appétissant. Un choix difficile se posa alors et un combat violent fit rage dans la petite tête de notre unijambiste. Manger le pâté, ou s'en servir pour s'échapper. La faim était forte, mais la confettiphobie qui commençait à s'installer en notre boiteux fut la plus forte, et avant que les poumons de James ne soient complètement emplis de papier, il utilisa le pâté en croûte comme échelle pour sortir par la trappe. Il se trouvait tout en haut d'une tour vertigineuse. Il ne voyait d'ailleurs pas le sol, mais à la place des nuages bleu et roses qui se chamaillaient ça et là. Et au dessus de sa tête la voûte céleste parsemé des étoiles d'un après-midi d'été. James ne se remit de sa contemplation qu'après quelques minutes pour découvrir qu'il n'était pas seul. Il y avait là, oui juste là à sa droite. Sur la même tour… le nain qui le regardait en souriant, habillé d'une manière tout autre. Il portait un manteau blanc et rouge, un bonnet du même acabit et d’une cloche à la main il s'écria : « Et bien! Montez donc! » Car oui, j'allait l'oublier mais le nain était assis dans un traîneau, et un rennes y été harnaché. James décida alors de le suivre, il n'avait pas vraiment le choix à vrai dire. Il monta alors à la place passager du traîneau. Et le nain mit en route son compteur de taxi. « Gare Saint Lazare » dit alors James. Et le traîneau décolla… Je vous passe le voyage qui fut fort ennuyeux, tellement ennuyeux que James s'endormit, s'étalant de tout son long sur le siège. *Tududum* « Dernier arrêt, Gare saint Lazare ». James ouvrit un oeil pâteux, et se demanda ce qui avait bien pu se passer. Il se trouvait dans un train à la gare Saint Lazare, allongé sur une des banquettes. Il s'ébroua à la manière d'un boiteux, et sortit du train hagard. Il ne comprenait pas bien en fait. Surtout quand il vit ce nain avec un habit de contrôleur lui faire un grand sourire et lui demander comment avait été le voyage. Deux semaines plus tard il n'avait plus entendu parler ni du nain ni des confettis, mais le jour où c'était arrivé, il avait gardé un petit je ne sais quoi sous ses chaussures, qui ressemblait fort à une trace de pâté en croûte.
FIN
(23/04/06)
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