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Jean Bertrand Merlin et Simone Carabosse formaient un couple depuis au moins quatre siècles... D'aucun vous diront que c'était quatre siècles de trop. Jean Bertrand Merlin n'aurait jamais du avoir le droit de se marier, ce malappris.
Il avait déjà passé sept cent ans lorsqu'il fit la connaissance de Simone, c'était un vieux garçon, célibataire endurci, ermite et fier de l'être... Il vivait au fond des bois, dans son antre, dont tous les paysans pensaient que c'était le repaire d'un dragon, tant la puanteur était insoutenable. N'ayant à plaire à personne, il ne se lavait jamais, changeait de chaussettes uniquement quand celles qu'il portait ne formaient plus qu'un anneau de laine autour de sa cheville.... Bref, une loque. Et avec ça, il passait son temps à pochetronner avec les brasseurs du coin... soit disant pour les aider à améliorer leur produit.... Bref. Venons en au fait. Il rencontra Simone Carabosse pendant une nuit de Walpurgis, lors d'une surboum donnée par le couple souverain du petit peuple, Obéron et Titania. Il y avait foule ce soir là, du gratin, le tout-Faërie assistait à la fiesta. Jean Bertrand avait été intercepté à l'entrée par un grand troll chargé de faire le service d'ordre... « C'est une soirée Privée monsieur, passez votre chemin... » Le Physionomiste en faction à côté du videur avait fait une syncope rien qu'à le sentir arriver de loin. Le troll, vêtu d'un smoking noir impeccable, jeta au loin Jean-Bertrand qui commençait à vouloir forcer le passage. Il fit un vol plané puis atterrit dans une mare de vase verdâtre. Dégoûté, humilié, assis le cul dans l'eau saumâtre, il se contenta de vociférer vers le ciel, et déboucha la flasque de vin de racine qu'il avait sur lui. C'est alors que.... « Salut beau gosse, t'as pas du feu? » dit une voix de femme. Enfin, une voix qui ressemblait au grincement d'une grille en fer rouillée. Jean-Bertrand distingua dans la pénombre une silhouette féminine.... Longiligne, aux courbes avantageuses... Il sourit, de son sourire aux dents noires. La demoiselle s'avança, et finalement, elle n’était pas si terrible que ça, de plus près... Mais jean Bertrand était cuit, et n'importe qui aurait fait l'affaire... La donzelle aussi paraissait un peu déçue... Mais elle continua de s'approcher quand même de notre vieux croûton solitaire. Elle sortit une cigarette d'un étui en peau de sac à main. La porta à ses lèvres. De son côté, Jean-Bertrand Merlin prononça une courte formule magique, et claqua des doigts. Une flammèche vint s'allumer sur son pouce. Seulement, ce que notre zig n'avait pas remarqué, dans son état, c'était les émanations de méthane qui sortaient en grosse bulle de la mare... Il s'embrasa comme une torche. Nous passerons sous silence les minutes qui suivirent, sachez juste qu'elles furent très mouvementées... Il n'est pas simple d'éteindre un homme qui court de partout, incendiant du même coup la forêt environnante... Oberon et Titania durent même mettre un terme prématuré à la sauterie de Walpurgis, ce qui les mit de très mauvaise humeur... L'hiver suivant fut des plus rigoureux... Quelques semaines plus tard, au Sanatorium de Brocéliande.... Jean Bertrand se remet peu à peu de ses péripéties... La demoiselle, prénommée Simone Carabosse, lui rend visite chaque jour. (Après son travail de marraine féerique, qui se penche sur les berceaux des petits n'enfants pour les gratifier de dons et de tares diverses z'et variées...) Elle semble très amoureuse de Jean Bertrand, que les brûlures ont curieusement rendus moins dégoûtants. Sa barbe de trois cent ans remplie de puces et de diverses choses écoeurantes a été entièrement consumée. Tous les jours, aussi, Simone lui apporte en cachette une bouteille de vin de racine qu'il affectionne, mais qui est rigoureusement interdit dans l'institut. Elle est à son écoute, prend beaucoup de temps pour le plaindre... Lui en profite sans jamais la remercier, comme si ce qu'elle faisait pour lui était naturel et dû. Elle lui fait aussi des rations pantagruéliques de ratatouille. Du reste, c'est le seul plat qu'elle sait faire... Et lui s'empiffre, geint parfois qu'elle n'en a pas fait assez... A la sortie de convalescence, il se dit qu'il ne ferait pas une mauvaise affaire en prenant cette dévouée boniche à plein temps chez lui. Il lui propose donc le mariage, elle accepte sans hésiter, lui saute au cou, le couvre de baisers passionnés... Et voilà donc quatre siècles que ça dure... Que Jean Bertrand Merlin profite des bienfaits de Simone, la trop bonne... Mais, aujourd'hui, son égoïsme a été puni... Car Simone, comprenant qu'elle n'obtiendrait jamais rien de ce mécréant.... S'est fait la belle avec... Le Prince Charmant... Moralité : L'apparence compte!
FIN
(19/03/06)
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