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Lundi 27 février 2006 1 27 /02 /2006 20:23
 
 

La station Lupae
par In the mouth

*tradition, museau, noisette, chapeau & Beretta*

     Il était tard à présent mais comme à l'accoutumée le vieux Sigmund n'arrivait point à s'endormir. D'un oeil las et absent, il contemplait allongé sur son lit la tache qui humidifiait le plafond de sa mansarde. L'eau qui s'en écoulait d'un égouttement régulier produisait un rythme saccadé. L'homme jeta un regard furtif sur son modeste mobilier... Que pourrait-il trouver pour distraire et alourdir ses pensées… Sur la table, une corbeille à fruits... Sigmund se leva, plongea sa main dedans et en sortit quelques noisettes et se résolut à jouer aux osselets. Le bruit du lancé des fruits secs se mêla au goutte à goutte du plafond durant de longues minutes, de longues heures et c'est alors que ce fit le déclic dans les rouages usés du cerveau du vieux.
         Paniqué, il regarda son poignet... Elle n'était plus là ! Paniqué, il chercha sous son lit, remua dans un brouhaha de poussière les meubles, les livres, les tableaux et j'en passe… La montre que son défunt père lui avait léguée sur son lit de mort avait disparu. Cet objet qui passait de fils en fils dans la tradition des pères horlogers Mouffetard, le dernier représentant en date l'avait égaré! Etait ce bien important me direz vous puisque Sigmund n'avait point de descendant et n'avait pas suivi la carrière de ses aînés? Le vieil homme cependant était angoissé par l'absence de la montre et essaya de se rappeler le parcours de sa journée. Il sortit en trombe de chez lui, parcourut les ruelles faiblement éclairées et s'arrêta devant la bouche des égouts de la station Lupae. Le matin même, Sigmund Mouffetard égoutier de profession s'était tenu à des opérations de maintenance suite à la défection d'un tuyau de grande envergure.
         L'homme descendit donc dans le noir et marcha tâtonnant dans les profondeurs de la ville. Il erra ainsi pendant des heures avec les effluves nauséabondes qui lui chatouillaient le nez, tourna en rond se perdant dans le labyrinthe. Exténué, usé, fatigué, il perdit connaissance.
Un bruit sourd lui fit reprendre ses esprits. Sigmund se releva, regarda autour de lui et vit une lueur… Des yeux… Me croirez vous si je vous dis que se tenait là un loup se détachant de l'ombre d'un mur? Le vieux lui ne le croyait pas, se frotta à maintes reprises les yeux, et décida tout en réfrénant des tremblements convulsifs de s'approcher de l'animal. Soudain, alors qu'il allait toucher du doigt le museau, le loup se mit à parler comme vous et moi :
« Je sais où est l'objet aux rouages…
- Quoi? fit le vieux
- Je sais où se trouve ce que tu cherches !
Notre vieux Sigmund se prenait-il à rêver les yeux ouverts comme jadis? Dans le doute, l'homme se surprit à interroger l'animal :
- Et où est-elle?
- Je ne te le dirais qu'à une seule condition…
- Quoi ?! S’exclama bruyamment l'égoutier.
- Montre moi le chemin du monde de dehors et je te montrerai celui de l'objet...
- Montre moi d'abord où est ma montre
- Bien essayé l'humain, mais je ne goûterai pas à ta ruse ! »
Le vieux réfléchit une seconde... puis deux puis trois et entreprit de guider l'animal jusqu'à l'échelle. Lorsqu'ils furent arrivés près de la sortie, il hésita quelques secondes, se retourna et ne vit plus le loup. Retournant sur ses pas, alors qu'il regardait désespéré près de l'eau, une détonation se fit entendre et le vieux Sigmund s'écroula… Triste amas de chair.
         Le lendemain matin, on retrouva le corps de l'égoutier noyé, le bracelet d'une montre dépassant des commissures de ses lèvres. L'inspecteur chargé de l'enquête conclut curieusement au suicide mais on raconte que son assistant très ami avec le médecin légiste s'oppose au classement du dossier, car non seulement le cadavre était non seulement parsemé de morsures et sur son ventre, la largeur de la balle laissait penser à un Beretta calibre 999 anciennement utilisé lors de la guerre ancestrale des hommes loups…


FIN


(26/02/06)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 16 (26/02/06)
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