Mardi 17 janvier 2006
2
17
/01
/2006
00:00
| |
| |
|
|
Sous le chapeau par In the mouth
*miel, chapeau, rouille, craintif & automne*
|
|
|
Il fut un temps où j'étais une ent femme. Un elfe m'avait planté dans le fin fond d'une immense forêt et m'avait appris au fil des saisons à murmurer. Il m'avait donné aussi un nom.... mais je l'ai perdu à présent.... car les temps passent et celui des elfes a trépassé. Vint le temps des hommes, et un bûcheron décida de me déraciner et de me planter ailleurs. Je suis petite, facilement transportable et d'un bois peu commun. Depuis des décennies, on me déracine et m'enracine. Dans les villes en proie aux quadrupèdes, dans les champs en proie à des oiseaux peu scrupuleux et dernièrement dans les allées du vieux cimetière de la ville de Illitid. Il m'arrive de moins en moins de murmurer mais ce soir je tiens à vous faire part de cette étrange affaire survenue en ces jours d'automne. Parée de mon manteau pourpre, j'observe les allées et venues…et ce qui est arrivé.... dépasse l'entendement de ce siècle. Comment et par où commencer? Il y a le vieux Sergueï, gardien du cimetière, il entretient les tombes et sifflote dès l'aube, boitant et déambulant non sans peine avec sa jambe de bois. Oui c'est par lui que tout a commencé.... Une nuit, il effectuait une ronde. Déambulant à travers les allées, Il aperçut soudain un chapeau sur l'une des tombes. Intrigué, l'homme s'approcha, s'agenouilla et prit l'objet entre ses doigts jaunis par le tabac. C'est alors qu'il vit... ce que dissimulait le chapeau… un étrange symbole sculpté sur la pierre. Sergueï posa sa main à plat et dans un grincement, la pierre bascula et donna à voir un passage. Sans l'once d'une hésitation, le gardien du cimetière descendit dans le trou béant. Vous vous doutez bien que je ne peux vous révéler ce qu'il y trouva, mes racines ne me permettant pas de me déplacer. Toujours est-il qu'il n'est pas ressorti. J'entendis néanmoins des hurlements à faire trembler un roc cette nuit là... La disparition de Sergueï n'émut pas la municipalité et très vite, il fut remplacé par un jeune benêt chétif au visage lunaire. Vint une autre nuit... Fanch le jeune gardien devait opérer sa première garde. Il vit le chapeau... Fallait-il que je murmure? Je ne l'ai point fait.... Le jeune homme donna un coup de pied à l'objet et fut précipité dans le gouffre de manière innommable. Je ne peux vous en dire plus... des hurlements... mais j'ai cru ouïr aussi une autre voix. La semaine suivante suite à la disparition du jeune Fanch, j'observais non sans inquiétude les agissements du nouveau gardien du cimetière. Celui-ci se disait apiculteur à ses heures perdues. Il y eut une autre nuit.... Auriez-vous murmuré à ma place? L'homme au visage émacié s'approcha lui aussi du chapeau. Il découvrit le trou mais cet homme là prit plus de temps par rapport aux deux autres à étudier le symbole. Il psalmodia des phrases étranges que je ne saurais répéter ici. Il descendit dans le néant mais y ressurgit le visage blême des heures plus tard et quelle ne fut pas ma surprise quand il s'approcha de moi et me murmura sèchement : « Pas un mot l'ent de ce que tu as vu, vois et verras. » Perplexe, je fermais mes yeux d'écorce. Le lendemain matin, je vis à la place du chapeau un pot de miel. Le surlendemain également, la semaine suivante...des mois durant..... Je pris mon courage à deux branches et me décida de murmurer à l'homme mais avant que je ne puisse dire un seul mot : celui ci me grommela : « Pas un mot l'ent… ça calme ça… Bientôt je ne trouverais plus le temps de m'occuper de mes abeilles, et lui fournir.... je dois écrire » Le lendemain, H.P.L l’étrange gardien démissionna. Les lustres passèrent... les gardiens défilèrent et disparurent… Je crus même distinguer de la rouille dans le passage… Je ne sais pourquoi je vous raconte tout cela en ce moment même, mais il m'arrive des fois d'avoir peur maintenant que le cimetière est à l'abandon. Ils en ont construit un je crois aux abords de la nouvelle ville. Un plus petit qui accueille les cendres plutôt que les cadavres… Enfin... je dois avouer qu'il m'arrive d'exhiber mes branches aux égarés pour les convaincre de m'installer ailleurs... Cette nuit, sous les fioritures du chapeau... j'ai cru voir des tentacules.... dépasser du trou.... je crois que ça se lasse... je crois que ça va sortir.... Je ne peux en dire plus, ravalant ma fierté, je découvre la crainte. Craintive je resterais, attendant le retour inespéré de H.P.L. « Pas un mot » m'avait-il dit...
FIN
(15/01/06)
|
|
|
|
|
|
|
Par An-Drö & Oak
-
Publié dans : Veillée 9 (15/01/06)
0
-
Recommander