Samedi 31 décembre 2005
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Sanguine par J.Lo
*pipistrelle, passerelle, athée, cuillère à thé & lune*
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Jour de plomb sur une ville de suie. Le soleil écrase les passants aveugles qui ne le voient plus. Il ne fait que transpirer leur labeur, suffoquer leur courage. Et au milieu une rivière pourpre où coulent les humeurs des coeurs blessés. Une jeune femme est là, le regard dans la vague, l'écume au bord des lèvres Elle attend tout le jour, qu'il finisse, et elle saigne. Le soir venu elle chante. Une mélodie douce d'abord, aux accords de tendresse, aux rondeurs de miel, qui souffle un peu et grimpe a force de tons accumulés. : Elle se fait perçante, s'aiguise Elle chante son homme mort puis crie, athée, sa rage a ces dieux faux qui ne lui ont pas ravi. Stridente à en être inaudible, sa plainte se perd dans les prémisses de la nuit. La mutation s'achève et en pipistrelle se relève. Et elle s'envole frêle, preste en un froufrou fou, s'arrache à la pesanteur du ciel et fuit au hasard des rues sombres. A la terrasse d'un café, une femme lumineuse avec un homme perdu dans ses yeux. La pipistrelle se pose, un instant, toute retournée, les pieds à la lumière accrochés et la tête vers le pavé. Elle une crinière dorée dans une robe de feu et son costume a lui, entre noir clair et gris foncé en parait tout maquillé. Il frémit d'amour idolâtre. Pas une hésitation, elle s'élance, pique et s'abat furieusement dans le cou de la belle qui riait. Elle boit aussi vite qu'elle peut la sève suave et sucrée qui s'échappe comme la vie de cette fraîcheur braisée. L'homme stupéfait est comme paralysé. Lorsqu’enfin il saisit le premier objet, une cuillère a thé pour l'étriper, il est trop tard L'ange de la nuit s'est envolé pour rejoindre son saule et pleurer. Lui n'a pas une larme à verser. Il soulève son feu éteint qui s'échappe en fumée de cendre. Et il marche aveuglé, sans flamme pour le guider, que des rayons de lune éparpillés.
***
FIN
(09/12/05)
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