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Pathos par un Poulpe passant
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Le bercement était rythmique, extrêmement rythmique. Le soir pointait au nord, mais personne n'y prêtait attention. Il pouvait bien se manifester, avec son ciel rouge et ses étoiles pâles. Nous on regardait la route. Elle aussi était rouge, elle aussi avait ses étoiles pâles, quelques grains de mica disséminé ça et là. Ça faisait longtemps qu'on avançait ou c’était la route qui défilait, on ne savait plus trop nous, peut-être les deux, ou je rêvais, je ne saurai jamais… Il y avait défilement en tout cas, défilement du sol et du ciel rouge et des étoiles pâles du ciel et du sol. Les paupières tendaient à embrasser le bord des yeux puis se redressaient et recommençaient leur parade amoureuse. La fatigue s'était installée dans la caravane tant et si bien qu'elle avait beau passer les chiens s'étaient endormis, et rien ne venait briser le silence, si ce n'était le pas étouffé des éléphants. Il faisait chaud encore je crois mais il commençait à faire froid, il faisait jour et la nuit arrivait ou peut-être pas, on ne saura jamais. Il était temps de s'arrêter. Les éléphants auraient pu continuer durant des lieues, mais le balancement rythmique, extrêmement rythmique excitaient les paupières dont la libido ne cessait de manifester impudiquement recouvrant l'oeil d'un voile noir lorsqu'elle fuyait vers l'autre bord. Alors on s'est arrêté à moins que le voyage n'ait continué, on ne saura jamais. Le défilement avait cessé en tout cas, et le soir à force de pointer et de vouloir
montrer sa virilité avait fini par tomber et s’était écorché le genou à une dune quelque part dans le lointain, il avait décidé de laisser place à la nuit, profondément dépité. On s'est arrêté dans une oasis, oasis, oasis, on n'y voyait rien, et les torches tremblotaient, c’est vrai qu'il commençait à faire froid. On a établi le campement. Les autres, ils se sont endormis vite, les femmes avec des bouts de chair vivant dans les bras, dont le ventre se soulevait de façon rythmique, extrêmement rythmique. Moi j’ai veillé ou alors c’est moi qui me suis endormi et qui ai rêvé et eux qui veillèrent. On n'y voyait plus goutte, peut-être parce que le puits était derrière moi ou peut-être pas. Une forme blanche a filé entre les palmiers, elle zigzaguait avec une grande rapidité. Un chuchotement a envahi l'oasis, sensuel et languissant, il venait du nord, ou peut-être du sud, je ne sais pas, je ne saurai jamais. Des vers portés par le vent venait d'abîmer dans le creux de mes oreilles. Je ne comprenais aucun mot mais je saisissais la signification, ça parlait de sable et de vent et de chuchotement sensuel et languissant et c'était rythmique extrêmement rythmique. Alors je me suis levée et j’ai dansé en sautillant à travers les palmiers. Doucement je m'éloignais, je m'éloignais des respirations enfantines pour rejoindre ce souffle prenant qui envahissait le désert. Les étoiles n'étaient plus pâles au-dessus de ma tête ou au dessous je ne sais pas. Elles brillaient d'un éclat farouche et me découpait l'oeil tant et si bien que les paupières cessèrent leur parade grotesque. Le souffle s'éloignait de plus en plus rapidement, les vers étaient hachés. Je n'entendais plus, je courais à en perdre haleine, mais je n'entendais plus. Je n'entendais plus que le bruit de mon coeur qui battait. Je voulais l'écraser entre mes doigts pour qu'il se taise, et pour que j'entende de nouveau le chuchotement fascinant. Je me suis arrêtée ou peut être est-ce que je continue à courir. Mais le paysage ne défile pas, le sable brille, le soleil aussi sous mon pied. Le désert est vide et silencieux. J’ai soif. Deux mots me traînent dans la tête comme un refrain rythmique extrêmement rythmique… Pathos et comédie… Je ne comprenais pas les mots mais c'était ça qu'ils disaient à la fin, alors que je ne saisissais plus pathos et comédie, cela se cognait entre les parois du crâne et tentait de sortir par les orifices de mon visage. Je fixais le sable ou le ciel peut-être, anéantie par ces deux mots. Avais-je rêvé, avais-je été somnambule ou était-ce un être bien réel qui venait m'amener vers une fin lente et absurde, en me murmurant à l'oreille d'une voix moqueuse pathos et comédie pour bien me signifier que toute révolte était inutile ? J’étais seule avec le sable et un morceau de ciel sous le pied, et j'avais soif. Mais qui sait si je n'étais pas encore dans un campement en train de dormir, qui sait même si je ne dormais pas dans la moite intimité gastrique du ventre d'une mère ? Moi je ne le sais pas et je ne le saurai jamais.
FIN
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