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LA HORDE NOIRE
Livre I
CHAPITRE I LES LEGIONS DE GINÜNNGARAAHK
La neige, un instant immaculée, accueillait les bottes en un léger bruissement, imprimant bientôt des centaines de traces, celles d'une armée en marche. Toujours errantes, les Légions du Ginnüngaraahk marchaient à présent vers le nord. A l'aube, les Guetteurs étaient revenus annoncer la présence d'une petite Forteresse Communautaire à quelques lieux de là, après les collines. La nouvelle avait hâtisé le regard des guerriers, et les corps fatigués avaient retrouvé une vigueur nouvelle. La gigantesque file sombre d'hommes en arme, se déplaçait à toute allure sur le pentes enneigées, se défiant du froid, chauffée par une inextinguible soif de sang. Le cliquetis des armures rythmaient les chants guerriers, qui se limitaient à quelques râles informes et autres grognements. Le serpent noir glissait ainsi sur la pâleur du paysage. Puis, arrivé au sommet d'une crête rocailleuse, s'enfonça sous les ombrages d'un petit bois de sapins. La cohorte barbare était sans âge. Sillonnant le monde depuis ce qui semblait être l'éternité, elle dévastait toute vie sur son passage, accueillant en son sein les exilés, les criminels, les fous sanguinaires, et autres proscris, chassés de leurs tribus, de leur village et de leur cité, quand ces derniers n'avaient pas décimé les leurs. Armée hétéroclite de barbares et de pillards, ou chacun arborait son propre blason, les Légions de Ginünngaraahk était un prisme aux multiples facettes, et toutes renvoyaient l'image de la mort et de la guerre. Leur cri de ralliement était "Libres". Mais la liberté avait un prix, celui du sang. -Plus vite, mes chiens, plus vite! En tête, marchait un homme, qui depuis longtemps avait oublié son nom. Fou, il menait à présent la horde sur une piste sauvage et sans fin. Portant pour tout vêtement des bottes de fourrure sombre et de nombreux colifichets aux vertus magiques bien improbables, la main droite empoignant fermement une hache de combat à l'aspect sommaire, il courait maintenant entre les troncs mousseux des conifères. Ses longs cheveux bruns et sales s'agitaient en tout sens, venant quelques fois s'emmêler dans une barbe folle. S'enfonçant quelques fois jusqu'à mi-cuisse dans la neige, sa course effrénée s'accompagnait de gerbe de poussière blanche, on eu dit un loup en chasse. Il était le Pan, le Karnün, c'était là ses seuls noms. Il était le chef et le guide, menant ses guerriers à la liberté. Depuis qu'il avait pris la place de l'ancien Pan, défait lors d'un combat à mort, il avait conduit les Légions toujours plus haut dans les terres, vers les frimats éternels, cherchant dans la rudesse du climat un adversaire redoutable qu'il fallait défaire. Plusieurs fois on l'avait défier, et autant de fois les cadavres des hommes trop ambitieux étaient venus nourrir les charognards qui suivaient le sillage de la horde. La forteresse repérée par les Guetteurs avait excité la violence de chacun. Pan l'avait ressenti si fortement... L'envie de destruction était si puissante dans ces moments là, qu'il pouvait presque la toucher, la respirer. Ses chiens de guerre réagissait alors comme une même entité, de la pointe des lames, jusqu'au tréfond des armures, tout près du coeur. Le sang allait venir rougir le sol, et seuls ceux qui auront survécu, trompant la mort une nouvelle fois, pourraient goûter au spectacle de la neige maculée, et des flammes montant jusqu'aux étoiles. La troupe se rassemblait maintenant, ne cessant pourtant de courir. Se frayant un passage parmi les arbres, les derniers rattrapaient leur chef pour former à présent une vague étrange et inquiétante, déferlante à travers la forêt. Les géants d'écorce semblaient trembler à leur passage, que rien n'aurait pû arrêter, ni l'épaisseur de la neige, ni les branches les plus basses, qui se brisaient devant ce courant humain. Lorsque certains chutaient, les suivants bondissaient par dessus leurs compagnons d'arme, ne ralentissant sous aucun prétexte leur cadence. Les hommes étaient rompus à ce genre de charge. En réalité, c'était leur seul moyen de progression. Constamment en mouvement étaient les Légions de Ginünngaraah, ne s'arrêtant que pour dormir et manger. Les plus faibles, ceux qui ne pouvaient suivre, étaient laissé sur le bord du chemin sans aucune forme de pitié. Au fur et à mesure de leur progression, le terrain commencaient à descendre en légère pente, annonçant la prochaine vallée, celle qui abritait la Forteresse Communautaire. Ces petites enclaves civilisées appartenaient à un plus grand ensemble, encore un queconque empire ou royaume, qui n'avait pas prise sur les Légions, et qui tremblait à leur passage dévastateur, un millier d'homme en furie, tous plus fous les uns que les autres, conduit par le plus fou d'entre eux. Le bois devenait plus clairsemé. A travers les feuillages d'épines et l'air glacial, on distinguait une grande zone claire, et quelques fois des taches plus sombres, sans doute les murs de la forteresse. Alors les épées se levérent, les chaînes à pointes imprimèrent leur bruits métalliques à la charge folle, et de toute part, montait un cri sourd, pareil à un mugissement de bête. Certains Traqueurs avaient laché leur chiens de combat pour mieux dégainer leur arme. Au milieu, Pan, harranguait ses troupes, brandissant sa lourde hache terne qui avait oté tant de vie. Il passait presque inaperçu dans cette foule qui faisait soudain corps, telle une hydre monstrueuse, entité hérissée de pointes. Soudain, parmi les arbres, ils tombèrent né à né avec trois hommes, ceux-ci engossés dans de amples manteaux de fourrures claires, la hache à la main, s'affairaient à la coupe d'un sapin lorsque les Légions les surprirent. Les cris de guerre se firent plus perçant. Les bûcherons, terrorisés, se figèrent à la vue de leur assaillants. Seuls le plus jeune, un garçon à la chevelure blonde, eu le réflexe de fuir, lâchant son arme pour mieux courir. Tels un raz-de-marée, les barbares engloutirent les deux hommes. Ceux-ci esquissèrent quelques coups, puis, furent happés par la masse, percés de part en part. L'un d'eux se releva, l'arme encore à la main, tentant de riposter une dernière fois. Une masse de pointe vint alors se ficher dans son crâne, lui arrachant la moitié du visage dans une gerbe de sang. En contrebas, le plus jeune des bûcherons, s'éloignait aussi rapidement que possible. A cet endroit, la neige se faisait encore épaisse, et ce dernier s'enfonçait parfois jusqu'à la taille, peinant pour avancer. Haletant, grimaçant, hurlant à l'adresse d'une forteresse beaucoup trop loin pour l'entendre, il pressait sa fuite éperdue, lorsque derrière lui un grognement de bête monta. Se retournant machinalement, il eu juste le temps d'apercevoir le molosse lui sauter à la gorge. Le chien, bientôt rejoind par un autre, arracha au corps maintenant inerte, de larges morceaux de chair. A cet endroit, la neige tassée avait pris la couleur du sang.
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