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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 08:38
 
 

Conte sans fin
par le Saturnien

*mouchoir, musaraigne, purulent, rideau, & saperlipopette*

     Qu'il est long et sinistre le hullulement de la musaraigne de Nouvelle-Guinée, le soir au fond des troncs de palétuviers, quand la lune rouge, d'avoir dû une fois de plus, montrer ses fesses au soleil en partance, s'est levée pour éclairer les monts sombres et tourmentés. Quel déchirement grinçant et sinistre qui éclate dans les tympans purulents des habitants de Gwantombé, alors que bon, hein, la nature c'est bien beau, mais à vivre tout les jours c'est autre chose...
Le petit Mouaffou, en sait quelque chose, lui qui seul dans son village, a pu voir la grande ville, s'est fait faucher ses colliers porte-bonheur, trois fois, par des citadins, ravis de lui faire visiter les bas quartiers, et s'est même retrouvé avec un bout de crotte d'éléphant dans le mouchoir en se réveillant dans un caniveau. Et pourtant Mouaffou, en rêve de sa ville, si grande et bruyante de ses cris de commerçants, de pétarades, de scooters quinquagénaires, et des hurlements des touristes qui découvrent que les coutûmes sexuelles locales tournent rarement à leur propre plaisir.
Alors Mouaffou, quitte son village, avec un balluchon de toîle, et profite de l'épaisseur de la nuit, pour suivre le chemin tracé depuis des décennies par les taxis brousses. Il s'aventure dans le territoire où la nature, enfin ce qu'il en reste, cède le pas aux habitations basses et blanches de béton rebondi, et arrive ainsi au faubourg de la grande cité. Là, une cabane de bois, où l'animation l'attire, des cris, des chants, c'est presque l'île aux enfants, si la musique n'était pas en rhytmes endiablés. Quelle invitation pour un adolescent épris de découvertes, il pousse le rideau qui faisait office de porte et entre.
Saperlipopette! à peine a-t'il franchi le seuil qu'un visage rouge et grimaçant, mi-chien mi-faisan, recouvert d'un patchwork au cumin, le tire à l'intérieur en lui prenant la main!
C'était le grand Koudouwaté, le démon de l'insouciance qui l'attendait là!
"Je t'y prends, petit drôle!" fit Koudouwaté. "Tu veux quitter la quiétude de ton village pour connaître le grand frisson, et là, tu t'es fait prendre! J'adore les proies naïves comme toi! Je te dévorerais bien, mais tu as de la chance, tu es le cinquième jeune homme que je coince ce soir, et je suis repu. Si tu ne me raconte pas une histoire qui puisse m'endormir, je fais une exception et te grignote quand même!"
Alors Mouaffou en balbutiant commença son histoire :
"Qu'il est long et sinistre le hullulement de la musaraigne de Nouvelle-Guinée, le soir au fond des troncs de palétuviers, quand la lune rouge, d'avoir dû une fois de plus, montrer ses fesses au soleil en partance, s'est levée pour éclairer les monts sombres et tourmentés..."

FIN

(30/12/07)

 

Par An-Drö & Oak - Publié dans : Veillée 76 (30/12/07)
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